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Homélie du dimanche 8 février 2026.

  • 12 févr.
  • 4 min de lecture

Dimanche 5 TOA


Alors, êtes-vous plutôt sel ou plutôt lumière ? Plutôt sel qui se dissout et donne du goût aux aliments ? Ou plutôt lumière qui se diffuse et nous donne d’apprécier ce qui s’offre à la vue. Sel ou lumière ?


Mais faut-il choisir, décider, trancher ?


On l’a souvent fait autrefois, notamment dans des mouvements d’action catholique, en opposant l’intériorité de la prière à l’extériorité de l’engagement au monde, la vie spirituelle au témoignage de vie, l’enfouissement dans le monde à l’annonce explicite de la foi…


Aujourd’hui, nous mesurons l’impasse où conduisent de telles oppositions forcées versant parfois dans des a priori idéologiques, des slogans tout fait ou des shows médiatiques totalement désincarnés.


A l’opposé de cela, l’appel évangélique invite plutôt à unir ce que nous avons tendance à distinguer, à unifier en nous ce qui est souvent source de dispersion, de division, de combat même…


Autrement dit, en quoi le sel de la terre et la lumière du monde sont-ils, l’un et l’autre, une Bonne Nouvelle qui peut donner goût à une vie chrétienne ?


Principalement parce que le sel comme la lumière n’existent pas pour eux-mêmes.


A quoi servirait le sel s’il n’y a rien à saler, ni rien à conserver ? Du sel pur, à quoi bon ! C’est inutile et puis, c’est infect à consommer…


De même, la lumière, à quoi bon s’il n’y a rien à voir, ni à admirer. C’est inutile. C’est même du gaspillage pur et simple, à éviter en ces temps de sobriété et de restrictions énergétiques…


D’où la mise en garde évangélique : et si le sel se dénature ? Et si la lumière reste cachée. Ils ne servent plus à rien ! Quel gâchis pour nous ! Et même pour Dieu !


Et si foi n’avait plus de saveur ? Et si, en dépit de l’illumination de notre baptême, nous n’avions plus goût à rien ? Si la confiance en Dieu venait à s’émousser ? Et si la confiance en l’autre finissait par s’estomper ? Si notre existence nous paraissait soudain fade, sans relief ? Et si le spectacle du monde nous semblait brusquement mauvais en tout ?


Jésus prend au sérieux cette question : comment peut-on perdre ce qui nous a été donné ? Comment se fait-il que, dans la vie spirituelle, la routine ait pris le dessus ? Que l’on n’ait plus envie de prendre le temps de se recueillir, de prier ? Que l’on perde le goût de méditer la Parole de Dieu au quotidien ? Que l’on en vienne même à s’ennuyer à la messe ? Que l’on soit lassé de sa vie de couple, de parent, de grand parent, lassé de sa vie de célibataire, de consacré, de prêtre !


Nous le savons : toute relation n’est pas à l’abri de l’usure du temps, de bien des formes de lassitude. Tout état de vie n’est pas à l’abri non plus de l’épreuve de la fatigue, du vieillissement et de la mort (sous toutes ses formes). C’est alors qu’il est bon de retrouver la saveur évangélique des premiers jours, la nouveauté des commencements, du don premier. A travers l’image du sel et de la lumière, deux exigences sont posées implicitement : l’exigence de la durée, celle de la vérité.


Dans le Proche-Orient ancien, le sel était utilisé pour la conservation des aliments, sans quoi les matières premières périssaient. C’est donc le sel qui permet de durer, malgré l’usure du temps. Durer dans la relation, contre vents et marées. Durer dans la foi, en dépit du doute face au non-sens apparent de la vie.


Dans la foi, nous croyons que nous sommes capables de tenir précisément parce que notre vie est tenue par un Autre. Et cette foi en l’Autre s’entretient de l’intérieur, dans l’écoute de la Parole de Dieu, dans la prière.


Après le sel de la durée, voici la lumière de la vérité. Être lumière pour l’autre, c’est apprendre à être vrai, en paroles et en actes. C’est ne pas se mentir à soi-même. Ne pas se faire trop d’illusion non plus !


Être lumière pour les autres pourrait paraître présomptueux, surtout en ces temps où l’Eglise continue à faire le ménage dans ses rangs. En vérité, être lumière n’a rien de « tape-à-l’œil ». Au contraire ! La lumière n’est pas là pour faire de nous des « stars » mais des éclaireurs.


Elle nous est donnée non pour nous mettre en avant de manière orgueilleuse mais pour témoigner humblement d’une qualité de relation qui révèle plus que nous-mêmes, parce qu’elle révèle la présence de Dieu en nous et de son action à travers la vie des hommes.


On l’a compris, nul n’est lumière, ni sel à lui tout seul. C’est dans la relation aux autres que se manifeste le mieux ce à quoi nous sommes faits pour donner goût à la vie et éclairer nos existences : faire le bien autour de nous en rendant gloire au Père qui nous aime.


Là est le beau visage de l’Eglise lorsqu’elle se fait servante des autres en prenant soin de toute personne à cause du Dieu de Jésus-Christ, lorsqu’elle accueille les nouveaux venus à la foi en leur montrant là un chemin de sens et de vie.


Telle est bien la vocation de l’Eglise : là où la Parole de l’Evangile nous donne rendez-vous comme une Bonne Nouvelle à goûter et à diffuser. Du haut de la montagne, la vie selon l’Evangile est plus rayonnante que jamais lorsqu’elle donne à chacun le goût de la prière intérieure et le goût du service généreux des autres – sel et lumière – et lorsqu’ainsi elle éclaire notre vision aimante du monde et nous donne d’espérer en Dieu et en notre prochain.


Amen.

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