EDITOS

Edito du 11 juin 2021 - « Il ne sait comment » 

 

 

Dans l’évangile de ce dimanche * Jésus parle en paraboles, car ce qu’il a à dire ne tient pas dans les mots ! C’est trop grand, trop subversif ! Il prend alors des images, il fait des comparaisons, c’est « comme ». Si c’est « comme », c’est justement que c’est autrement, que c’est différent… et qu’on ne le trouve qu’en cherchant au -dessous des évidences.

 

Dans « parabole » il y a « parole » : quelle est donc la parole à entendre au sujet du Royaume ? Peut-être bien qu’il se mette en travers de nos habitudes de pensée. Alors que tout nous parle aujourd’hui de décroissance, d’amenuisement des ressources, voilà que nous sommes rendus attentifs à ce qui croît (qui sonne en français comme croire !).

Nous voici appelés à croire ce qui paraît fou : de la plus invisible des graines jetées en terre peut surgir une plante assez généreuse pour abriter tous les oiseaux du ciel ! Et nous n’avons aucune prise sur le processus de germination, pas plus que sur le souffle qui nous traverse.

C’est dire que le Royaume trouve son chemin à notre insu.

 

Alors que nous sommes tentés de désespérer devant la brutalité du débat public où tous les coups sont permis pourvu que l’adversaire en soit affaibli, il est bon de garder en mémoire que le Royaume de Dieu grandit vaillamment à travers nos résistances et nos infidélités. Il nous rencontre sans que nous sachions comment, à travers les minuscules étincelles d’humanité qui allument le regard. Le mieux que nous puissions faire est de ne pas entraver son avancée, mais de lui laisser le champ libre… en lui offrant la liberté de nous inventer !

* Evangile Marc 4, 26-34

P. Patrick ROLLIN +

Recteur St Bonaventure/Chapelle Hôtel-Dieu

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Edito du 4 juin 2021 - « Devenez ce que vous recevez » 

 

 

A force d’entendre les paroles de la consécration (Prenez, ceci est mon corps… ceci est mon sang répandu pour la multitude », il se peut que nous ne leur trouvions plus la moindre saveur. Peut-être même ne réalisons-plus vraiment ce qui se passe. Qui peut d’ailleurs réaliser la portée de ce mémorial qu’est la messe ? 

   La liturgie de ce dimanche est là pour nous le rappeler. Après la célébration (toujours un peu abstraite, non ?) de la Ste Trinité, c’est le moment de fêter le St Sacrement. A travers le pain et le vin, le Christ nous offre sa présence, sa vie pour nous les communiquer. Dans cet infiniment petit se livre l’infiniment grand. 

  Mystère d’un amour humble qui se fait reconnaître à travers des signes très simples : le pain quotidien et le vin de la fête, à côté desquels nous pouvons passer sans prêter attention. Lorsque nous communions, comme le fait remarquer St Augustin, ce n’est pas nous qui absorbons et transformons cette nourriture, c’est elle qui nous fait devenir ce que nous recevons. Le Christ nous laisse assimiler sa vie pour qu’il nous assimile à elle. Il prend le risque de disparaître en nous. Merveilleux échange qui nous lie les uns aux autres. Nous devenons son corps en ce monde. Rien de moins. C’est totalement inouï ! 

  Voici que le pain et le vin deviennent le signe de la sortie de tous nos esclavages, le signe de l’abandon de tous nos vieux levains fatigués, le signe d’un pain rompu pour un monde nouveau, d’un sang neuf pour arracher nos vies à la puissance des ténèbres. Voici que le propre Fils de Dieu, en se faisant nourriture, vient se faire chair de notre chair, cœur de notre cœur, vient transformer l’homme de l’intérieur, désensabler en chacune et chacun d’entre nous, la source de l’amour.

 

  A chaque fois que nous nous levons pour aller communier, nous traversons le désert de nos infidélités pour marcher vers la Terre promise de notre Résurrection. Cette fête du St Sacrement est l’occasion de reprendre conscience de ce formidable don et de dire merci. C’est bien le mouvement de l’Eucharistie. 

P. Patrick ROLLIN +

Recteur St Bonaventure/Chapelle Hôtel-Dieu