Homélie du dimanche 7 décembre 2025.
- igignoux
- 10 déc. 2025
- 4 min de lecture
« Convertissez-vous ! » Ce 2e dimanche de l’Avent, la liturgie nous mène au désert pour y entendre cet appel du Baptiste à nous convertir.
Comme Marc et Luc, l’évangéliste Matthieu commence son récit de la vie publique de Jésus en décrivant le ministère de Jean, Jean le baptiseur : « En ces jours-là paraît Jean le Baptiste, qui proclame dans le désert de Judée : "convertissez-vous, car le royaume des cieux est tout proche". »
Jean parle haut et fort. Son message est puissant. Paradoxalement, Jean a choisi comme lieu de prédication, le désert avec ses collines arides qui invitent plutôt à la solitude et au recueillement. Il ne s’est pas planté sur les places publiques ou aux carrefours des villes, là où les gens sont forcés de passer. Non, Jean le Précurseur s’est enfoncé dans le désert… Ainsi, ceux qui voudront le rejoindre et entendre sa parole devront, eux aussi, prendre la route du désert et rompre avec leurs activités du quotidien.
Au désert, Matthieu s’arrête un instant sur la personnalité de ce prophète. Un prophète hors du commun, ne serait-ce déjà par son accoutrement fait de poils de bêtes. Il rappelle étrangement celui d’un autre prophète, Elie. Jean annonce ainsi son intention de se placer dans le sillage des prophètes de la 1re alliance. Du reste, il reprend à son compte les exhortations prophétiques d’Isaïe : « Voix de celui qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers » (Is 40, 3). Comme jadis à l’adresse des exilés à Babylone au 6e siècle avant notre ère, Jean annonce des temps nouveaux qui s’ouvrent, une ère d’espérance : Dieu, en Jésus, va délivrer son peuple de tout esclavage spirituel.
Pour se faire entendre, Jean n’y va pas de main morte. À l’adresse des pharisiens et sadducéens, il prononce des paroles d’une rare sévérité : « Engeance de vipère. Produisez donc un fruit digne de la conversion ». Autrement dit, renoncez à vos actions mauvaises, à vos pratiques injustes, à toutes vos œuvres de mort…
Certes, ils sont nombreux à se faire baptiser par lui dans le Jourdain mais cela ne suffit pas si cette démarche ne s’accompagne pas d’une conversion authentique de tout l’être, d’un vrai retournement du cœur : un retour à soi, puis de soi à Dieu et de Dieu vers les autres.
En somme, pour Jean, pas question de se faire baptiser par snobisme. Dieu ne se satisfait pas de nos vœux pieux, de nous doux sentiments, encore moins de nos dévotions purement extérieures. Il n’a que faire de nos prosternations ou de nos agenouillements ostentatoires. Il attend des actes concrets qui nous engagent tout entier. La foi elle-même doit se purifier de toute recherche de facilité : « N’allez pas dire en vous-mêmes : nous avons Abraham pour père ! »
Dire cela serait s’appuyer sur un privilège religieux. La conversion serait alors incomplète. Les vrais enfants d’Abraham sont ceux (israélites ou non) qui imitent sa confiance en s’engageant totalement dans le projet de Dieu.
Ne nous faisons pas d’illusion. A travers cette volée de bois vert adressée aux juifs de l’époque, c’est bien nous qui sommes pris à partie par le Précurseur. Reconnaissons qu’il nous arrive d’être guetté par une forme de routine spirituelle, par ces résolutions pris à bon compte qui ne sont que des engouements passagers.
Dans sa récente exhortation apostolique sur l’amour envers les pauvres « je t’ai aimé », le pape Léon dénonce avec force cette mondanité spirituelle qui guette les chrétiens : « on constate parfois dans certains mouvements ou groupes chrétiens un manque voire une absence d’engagement pour le bien commun de la société et, en particulier, pour la défense et la promotion des plus faibles et des plus défavorisés. Il convient de rappeler que la religion, en particulier la religion chrétienne, ne peut se limiter à la sphère privée comme si elle n’avait pas à se préoccuper des problèmes touchant la société civile et les événements qui intéressent les citoyens. » (n° 112)
Puis, reprenant les mots du pape François, Léon d’insister : « toute communauté d’Eglise, dans la mesure où elle prétend rester tranquille sans se préoccuper de manière créative et sans coopérer avec efficacité pour que les pauvres vivent avec dignité (…), court le risque de se désagréger (…). Elle finira par être facilement dominée par la mondanité spirituelle, dissimulée sous des pratiques religieuses, avec des réunions infécondes et des discours vides. » (n° 113).
Mes amis, comme elle vient à point, au début de l’Avent, l’exhortation de Léon relayant la rudesse de celle du Baptiste. Elle vient balayer avant chaque Noël toutes nos lenteurs, toutes nos paresses, toutes nos pauvres excuses, alors que les années passent et que s’alourdit en nous, d’Avent en Avent, le poids des rendez-vous manqués, des occasions perdues d’aimer Dieu avec tout nous-mêmes.
Mais combien est puissante en nous la promesse que Jean nous apporte à nouveau cette année de la part de Dieu : « Moi, je vous baptise dans l’eau en vue de la conversion. Mais, il vient celui qui est plus fort que moi (…). Lui vous baptisera dans l’Esprit-saint et le feu ».
Oui, Celui qui vient nous plongera tout entier dans le feu de l’Esprit-saint, ce feu capable, nous le croyons, de renouveler toute chose, de faire jaillir du neuf en nous. Ce feu de l’Esprit emportera tout ce qui, en nous, est opaque à la grâce, résistant la charité, tout ce qui nous rend sourd et aveugle… pour le transformer en une vive flamme d’amour capable de convertir nos manières de vivre et nous offrir à Noël une lumière et une espérance nouvelle.
Amen.




Commentaires