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Homélie du dimanche 11 décembre 2025.


Fête du Baptême du Seigneur

Evangile Matthieu 3, 13-17. Homélie


Mes amis, nous venons d’entendre le récit du baptême du Christ par Jean-Baptiste. Qu’évoque pour nous ce récit ? Que reste-t-il dans nos mémoires de croyants ? Une image ?... Un tableau ?... Un vitrail ?... Mais attention à l’imagerie religieuse !... Les peintres nous ont laissé parfois l’image du Christ à demi immergé dans l’eau du Jourdain, recevant sur la tête un filet d’eau claire que Jean-Baptiste verse à l’aide d’un coquillage. Il ne manque plus que le petit enfant de chœur. On se croirait dans une église catholique au XXI° siècle !

On n’a pas le droit d’en rester à de pareils contresens quand on lit l’évangile. Le texte d’aujourd’hui nous livre, comme d’habitude, un message important pour vivre et pour en faire vivre d’autres. Prenons le temps de déchiffrer ce message. Nous sommes là pour cela.

Alors deux temps dans cette réflexion :

- Un temps pour la lecture du texte

- Un temps pour la méditation du geste

La lecture du texte, c’est l’interprétation historique. La méditation du geste, c’est l’interprétation symbolique.


La lecture du texte. Difficile, déroutante, car c’est une page savante, bourrée d’allusions à l’Ancien Testament. C’était sûrement beaucoup plus facile à comprendre pour les auditeurs de Matthieu qui étaient familiers des Ecritures. Au début de son Evangile, Matthieu veut leur dire qui est Jésus. Essayons de comprendre. Quelles sont les allusions à l’Ancien Testament ?


LE JOURDAIN. Pour les juifs, le Jourdain avait une signification immense. Tous se souvenaient de la fameuse traversée du Jourdain que leurs ancêtres sortis d’Egypte avaient faite sous la conduite de Josué, pour entrer dans la terre promise. En sortant de l’eau du Jourdain, Jésus ne serait-il pas le fondateur du peuple nouveau qu’il conduit vers la terre Promise ?

L’ESPRIT SAINT, SOUS LA FORME D’UNE COLOMBE.

La Bible disait qu’à la création du monde, l’Esprit-Saint planait sur les eaux. Jésus ne serait-il pas Celui qui inaugure la nouvelle création, un nouveau commencement du monde ?

La Bible disait aussi qu’à la fin du déluge une colombe revint vers l’arche de Noé, porteur d’un rameau d’olivier. Jésus ne serait-il pas Celui qui apporte la paix dans les cœurs et dans le monde ?

La Bible disait encore que, jadis, l’Esprit de Dieu allait d’un prophète à l’autre, jusqu’à ce qu’il ait trouvé où se reposer. Jésus ne serait-il pas le prophète attendu depuis longtemps, sur lequel repose définitivement l’Esprit de Dieu

LE CIEL SE DECHIRA ET S’ENTROUVRIT.

Comme l’ont souhaité les prophètes : « Ah, si seulement tu déchirais les nuages, si tu descendais du ciel ! » La venue de Jésus ne serait-elle pas l’accomplissement de cette attente séculaire ?

LA VOIX QUI VIENT DU CIEL.

Cette voix qui vient du ciel annonce qui ? Matthieu mêle un verset de psaume et un extrait du poème du serviteur d’Isaïe. Jésus ne serait-il pas le Fils de Dieu qui accomplirait sa mission à la manière du Serviteur souffrant du prophète Isaïe ?


Voilà un langage savant, je vous l’accorde. Dans ce texte trois convictions de la foi chrétienne primitive se succèdent en quelques lignes :

- Jésus est le chef du peuple nouveau

- Il a reçu l’Esprit de Dieu et il pourra le donner

- Il est le Fils de Dieu, le Fils bien aimé du Père.

Voilà ce que l’on apprend à la lecture du texte.


Passons à la méditation du geste. Laissons-nous maintenant porter par le

langage symbolique de ce geste de Jésus. La portée de ce geste est immense.


Où est-il allé, ce matin-là, Jésus ? Il descend le long du Jourdain. Il rejoint l’endroit où Jean baptisait. La foule qui se rassemblait là comportait des gens de partout, des petites gens, échantillon de l’humanité moyenne. Ebranlés par la parole de Jean-Baptiste qui les menaçait du châtiment de Dieu, ils venaient reconnaître leur péché. En les plongeant dans l’eau du Jourdain, Jean leur demandait de se convertir sous peine d’être châtiés par Dieu.

Eh bien, c’est là, dans cette « décharge » humaine, que Jésus descend. Jésus s’est « plongé » au milieu des pécheurs, il s’est coulé dans ce peuple.

Il n’y allait pas pour se débarrasser du péché qu’il n’a pas commis. Il n’y allait pas pour renforcer les paroles dures de Jean-Baptiste. Il y allait pour prendre place au milieu des pécheurs, pour les en sortir.

Il passe sur l’autre rive pour nous y faire passer. Le baptême de Jean-Baptiste où les gens venaient par peur de Dieu est périmé. Le baptême inauguré par Jésus, c’est un baptême dans l’Esprit-Saint. L’Esprit de Dieu lui-même, Jésus nous le donne. Dieu est en nous et il nous dit : « Tu es mon Fils en qui j’ai mis tout mon amour. »

Est-ce que j’ai trouvé les mots ? Est-ce que je parle avec assez de foi et de conviction pour vous dire et pour le dire au monde, même en ces temps où le monde est en feu, où la guerre est revenue à la mode et qu’une ferveur guerrière se répand et où la désespérance distille son poison venimeux dans les cœurs. Le Dieu que Jésus est venu nous révéler n’est pas un Dieu qui punit, qui châtie, un Dieu lointain, au-dessus de nous, indifférent aux peurs et aux malheurs des hommes. Dieu est avec nous, en nous, pour nous aider à vivre ce que nous avons à vivre. Si Jésus s’est plongé dans l’eau boueuse et limoneuse du Jourdain, c’est pour nous en sortir. Dieu rejoint les hommes jusque dans nos enfers, jusque dans nos plus grands malheurs, pour nous aider, nous relever, nous sauver.

Je voudrais que vous puissiez croire en ce Dieu compagnon que l’on rejoint dans la prière, en ce Dieu en qui l’on se confie, en ce Dieu qui marche avec nous sur nos chemins de bonheur et de malheur et qui nous aide à en faire un chemin de vie.

Oui Seigneur Jésus, le jour de ton baptême au Jourdain, tu te révèles à nous : tu es le Fils bien-aimé du Père. Et le jour de notre baptême, c’est toi qui nous révèles à nous-mêmes : nous devenons ses enfants bien-aimés en qui il trouve sa joie. Alors que nous ne sommes que des pauvres pécheurs tu nous fais prendre la première place, la place de ceux auxquels tu donnes ton Esprit pour qu’il soit leur feu intérieur, leur souffle, leur audace. Par le baptême, Seigneur, tu t’immerges en nous, pour que notre vie soit submergée par la tienne. Bénis sois-tu Seigneur pour un si grand amour !

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