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Homélie du Dimanche 3 Décembre 2023.


Dimanche 3 décembre 2023 – 1er dimanche de l’Avent


Isaïe 63, 16… 64, 7 / Psaume 79 (80) / 1 Corinthiens 1, 3-9 / Marc 13, 33-37


« Ah ! Si tu déchirais les cieux, si tu descendais, les montagnes seraient ébranlées devant ta face », s’écrie le prophète cité par le livre d’Isaïe. Nous avons entendu cela dans la 1ère lecture. C’est un cri en direction de Dieu, lancé par un homme qui en a assez de l’incertitude. Il a foi en Dieu, mais il voudrait que celui-ci se manifeste davantage. Nous pensons tous un peu la même chose : si Dieu se montrait, alors qu’il se contente de nous manifester ses volontés par sa Parole, nous aurions moins de difficulté à croire.

Certes, Dieu s’est fait voir en la personne de Jésus, mais cela n’a pas ébranlé les montagnes. C’est resté un témoignage discret dans un petit pays de la côte orientale de la Méditerranée. Jésus a agi, il a parlé, il a écouté, mais cela remonte à bien longtemps ; et nous n’avons plus à notre disposition, pour saisir la richesse de l’événement, que des textes réunis dans le Nouveau Testament. Ses disciples ont cependant déclaré qu’il était ressuscité, mais nous n’avons que leur témoignage pour y croire. Nous n’en avons pas de preuve. Et nous attendons de Dieu qu’il nous fournisse des preuves de son existence et de sa bonté.


Nous attendons. Nous désirons. Nous avons soif. Toutes ces phrases prennent une tonalité particulière en cette période de l’Avent qui commence aujourd’hui. Or, Dieu ne répond pas autant que nous le voudrions à nos attentes. Que nous offre-t-il ? – La 1ère épître aux Corinthiens et l’évangile de Marc éclairent cette question.


Dès le 1er chapitre de la 1ère épître aux Corinthiens, l’apôtre Paul fait des reproches à ses destinataires. J’en lis les versets 10 et 11 : « Frères, je vous exhorte au nom du Seigneur Jésus Christ : ayez tous le même langage, qu’il n’y ait pas de divisions entre vous, soyez en parfaite harmonie de pensées et d’opinions. Il m’a été rapporté à votre sujet, frères, par les gens de chez Chloé, qu’il y a entre vous des rivalités. » Et tout au long de l’épître, Paul devra essayer de corriger des déviances qui existent dans la communauté chrétienne de Corinthe. Or, le passage que nous avons entendu, qui précède ces reproches, est beaucoup plus serein : « Je ne cesse de rendre grâce à Dieu à votre sujet, pour la grâce qu’il vous a donnée dans le Christ Jésus » (verset 4). Alors, l’apôtre est-il dans l’action de grâce ou dans le reproche ?


Il faut répondre : « Les deux. » Certes, il y a des déviances à corriger, et Paul y reviendra dans les chapitres suivants ; mais cela ne servirait à rien de ne pas les situer dans un ensemble. La fondation d’une nouvelle Eglise est une merveille ; grâce doit en être rendue. En nous donnant la foi, Dieu nous a aussi fait le don de la liberté. Il désire avoir des disciples consentants, pas des esclaves. N’est-ce pas une façon de répondre à nos attentes ?


Dans le passage de l’évangile de Marc que nous avons entendu, le ton est différent. Jésus est venu une première fois en s’incarnant. Il annonce à ses disciples qu’il viendra une seconde fois à la fin des temps. Cette fois-ci, il déchirera les cieux. Il viendra dans sa gloire, et il recueillera avec bonheur tout ce que nous aurons réalisé de bon.

Il ne nous donne pas le détail de ce qu’il attend de nous. Le principal impératif qu’il emploie, c’est celui du verbe « veiller ». Il nous invite simplement à avoir une attente active, une vigilance, comme celle qu’ont des parents qui attendent un enfant, ou une maîtresse de maison qui attend des invités. C’est une attente où le désir a toute sa place. Où la soif mérite d’être entretenue. Où nous sommes invités à accorder une grande place à l’amour, à la beauté, à tout ce qui fait grandir les humains.

Faire grandir nos frères humains, c’est le résumé du programme qu’il nous fixe. Il nous invite essentiellement à l’altruisme, à ne pas rechercher ce qui nous fait plaisir à nous-même, mais ce qui fait du bien aux autres. En retour, nous en récolterons les fruits, mais ils seront d’autant plus savoureux que nous n’aurons pas d’abord cherché à nous servir.

Je découvrais cette semaine un proverbe anglais que je vous traduis : « Ce que nous versez dans la tasse des autres sera versé dans la vôtre. » Ce n’est pas spécifiquement chrétien, mais c’est en pleine conformité avec l’Evangile. Si nous versons de la haine ou de l’indifférence, nous recevrons de la haine ou de l’indifférence. Si nous versons du bonheur et le la beauté, nous recevrons du bonheur et de la beauté. Et l’Evangile ajoute : pas seulement dans ce monde, mais aussi dans l’autre.


Alors, pendant la période de l’Avent plus encore que le reste du temps, attendons de façon active que les cieux se déchirent. Nous n’en connaissons pas la date. Mais Jésus nous a annoncé que cela se produira. Nous pourrons alors présenter au Christ vainqueur les maigres fruits de nos efforts. Et il les transformera en un festin délicieux que nous partagerons avec nos sœurs et nos frères pour l’éternité.


Homélie du P. Michel Quesnel

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