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Homélie du dimanche 21 avril

4° dimanche de Pâques B. Evangile Jean 10, 11-18. Homélie

 

    « Moi, je suis le bon pasteur, le vrai berger … » Mes amis, quelle audace ! Oui, nous sommes habitués à certaines représentations de Jésus portant un agneau sur ses épaules, et peut-être avons-nous du mal à imaginer à quel point une telle déclaration était osée. Mais il y a fort à parier que nombre de ses interlocuteurs ont pensé : « Pour qui se prend-il, celui-là ? » St Jean note d’ailleurs, dans les versets suivants, que cette déclaration a provoqué de nouveau la division dans le peuple juif.

    « Moi, je suis le bon pasteur, le vrai berger ». Les hommes de la Bible ont souvent été des bergers. Abel était berger ; Abraham, Isaac et Jacob ont passé leur vie sous des tentes ; Moïse et David ont reçu leur vocation alors qu’ils étaient bergers ; Amos était berger et ce sont encore des bergers qui ont été les premiers avertis de la naissance de Jésus. Et depuis bien longtemps, le berger, les prophètes en avaient fait un sujet de prédication privilégié, sur le thème du rassemblement, de l’unité du troupeau (le peuple) autour de son bon berger (Dieu). Les fidèles avaient compris la leçon et chantaient volontiers le psaume 23/22 : « Tu es mon berger, ô Seigneur, rien ne saurait manquer où tu me conduis. »      

    « Moi, je suis le bon berger, le vrai pasteur » Avec cette déclaration nous ressentons particulièrement la distance culturelle qui nous sépare des textes bibliques. Le vocabulaire de la bergerie n’est plus guère à la mode. Aujourd’hui, l’homme politique ou le prédicateur seraient mal venus de nous comparer à un troupeau. Tout autant que de nous inviter à ne pas quitter le bercail. Mais, pendant la période biblique, les peuples du Moyen-Orient filaient la métaphore de manière très positive. Les prophètes d’Israël étaient certains d’être compris. Leur prédication annonçait que Dieu prend soin de son peuple (son troupeau) au jour le jour, et les prophètes expliquaient qu’il choisit des bergers délégués, les rois. La mission de ces rois était donc claire : tels des bergers attentionnés, ils devaient assurer la sécurité et le bien-être de tous. A vrai dire, la royauté n’a jamais été à la hauteur de ce beau rêve indéfiniment déçu ! Les uns après les autres, les rois se sont révélés de piètres bergers, soucieux d’abord de leur propre bien-être. Parfois aussi, ils ont entraîné leur troupeau sur des pentes dangereuses. Mais comme les prophètes ne perdent jamais la foi, ils affirmaient contre vents et marées que le vrai et bon berger finirait par venir.

     « Moi je suis le bon berger, le vrai pasteur » cette déclaration était donc parfaitement claire, mais pouvait-on la prendre au sérieux ? Oui, pouvons-nous prendre la mesure d’une telle parole ? Avec ces mots, Jésus dit ici sa détermination à donner sa vie pour son troupeau : « Je me dessaisis de ma vie pour mes brebis ». Celui qui nous garde en effet n’est pas un fonctionnaire, fût- il de Dieu, mais l’Agneau de l’Apocalypse : « L’agneau qui se tient au milieu du trône sera leur berger, il les conduira vers des sources d’eaux vives. » (Ap7,17). Jésus est bien ce bon berger qui se défait de sa vie.  Il aime ses brebis et se donne à elles. Et le reconnaître dans cet agneau pascal, c’est nous laissés emmener par lui qui a choisi de tendre la main plutôt que de la porter sur autrui. La vie dont il témoigne défait ainsi la mort, parce qu’elle donne tout, de sorte que la mort n’a plus rien à prendre. Avec lui, nous sommes vivants, non pas de prendre la vie, mais de nous laisser prendre par elle. Il nous enseigne que la vérité de notre vie, c’est de vivre « sous la grâce » de Dieu !

     « Moi, je suis le bon pasteur, le vrai berger », eh bien puisque Jésus se donne à voir Vivant avec cette image, écoutons ce qu’il dit de lui.  Le bon berger connait son troupeau et il se laisse connaître par lui. Il sait la vie de chacune de ses brebis, il connait leur histoire, leurs blessures. Il pressent bien de quoi elles ont besoin pour vivre. Il ne les gave pas. Il ne les engraisse pas. Il n’écrit pas de programme nutritionnel pour qu’elles correspondent au désir qu’il a d’elles. Il veut croire que chacune d’elles, lorsqu’elle a faim, sait où trouver l’essentielle nourriture. Il se contente de les accompagner et des entraîner de pâture en prairie.

       Ce bon berger-là n’enclôt pas son troupeau. Il laisse aller et venir. Il aime la liberté. Il aime les grands espaces. Ceinturer ? Enclaver ? Enfermer ? Il ne sait pas. Il ouvre les possibles. Il a le cœur en « à-venir ». Sa bergerie ne se referme pas sur elles. Dans la lumière du matin de Pâques, il a ouvert tout grand le haut portail, l’hiver est passé et il est temps d’aller dehors. Et près de son troupeau, il marche. Le flot de laine qu’il accompagne ne le sépare pas du monde : il porte la Vie en lui. Ce berger-là est un veilleur. Il marche rarement devant. Il est plutôt derrière : c’est delà qu’il peut voir si l’une ou l’autre de ses brebis a de la peine, si le chemin est trop dur, si l’une ou l’autre est saisie de vertige au bord du précipice. Et si un loup attaque, il le verra venir. Alors il se déchaîne. Son espérance lui sert de bâton pour l’ascension de la montagne et pour chasser l’ennemi.

     Ce berger-là marche à pas lents. A quoi lui servirait de se presser ? Il aime le pas de son troupeau. Il se plait même dans la lenteur. « Mille ans, c’est comme un jour » lui a-t-on murmuré dans le creux de l’oreille : chaque jour naissant n’est pour lui qu’un aujourd’hui, et c’est comme ça depuis la nuit des temps. Il sait par expérience que la vie est une transhumance, un passage. Et que le terme vient en son temps, à l’heure de Dieu.

     C’est un berger, pas un mercenaire : il n’a rien à gagner. Son salaire ? Le bonheur simple d’être en chemin, de contempler la route et de veiller sur le troupeau qu’il aime. Lui seul sait ce que vaut son peuple trottinant : cela ne se compte pas en or. Et ce berger-là n’est pas causant. Les bêlements de ses brebis et les chamailleries des boucs ne l’atteignent pas : la nuit, dans son silence, il se plait à donner à chaque étoile un nom et tôt le matin, il chante la lumière qui vient. Les vrais bergers sont rarement causeurs ou, quand ils causent, c’est bien souvent avec le vent.

    Aussi matin venu, lorsqu’un premier mouton se lève, les moutons moutonniers s’ébranlent au risque d’ignorer qu’il existe un sentier et qu’au-dessus de leur tête, il y a un soleil. Est-ce vraiment vivre que de se résigner à n’avoir que « moutons ou brebis à sa droite et à sa gauche, derrière et devant lui » ? Il n’aime pas la masse uniforme. Alors il les appelle chacune par leur nom : la fragile et l’inquiet. Et l’autre qui s’enflamme. Et aussi la timide, le boiteux, la clopinante. Dans leur diversité, chacun émeut son cœur. Sa joie, c’est leur vie. Ils sont en lui. Et sa voix est crédible : il s’est laissé connaître. On peut lui faire confiance.

    Mes amis ce berger-là, c’est le Christ ressuscité, il porte sur les épaules un large manteau. La métaphore s’achève ici. Le suivre, c’est le laissé nous partager sa cape de « bon pasteur ». Et y cacher les frères et les sœurs qu’il met sur notre route jusqu’à l’extrême de leurs désirs. Alors ce dimanche puisqu’il vient au-devant de nous, écouterons-nous sa voix ? C’est lui le bon berger de nos vies et le vrai Pasteur de son Eglise, le Christ ressuscité !

 

 

  

 

 

 

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