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Homélie du dimanche 21 janvier 2024

   Les dimanches se suivent et se ressemblent, car ce dimanche encore l’évangile nous garde en mémoire l’appel des premiers disciples par Jésus. Mais cela ne vous a pas échappé, la tonalité du récit de ce dimanche est toute autre que celle de dimanche dernier. Souvenez-vous, dans l’évangile selon St Jean, Jésus appelait ses disciples en écho à leur recherche, à leur quête, à leurs attentes : « Que cherchez-vous ? » et il leur proposait : « Venez et vous verrez », autant dire tout un cheminement et non pas une réponse éclaire. Or, aujourd’hui, tout va vite, très vite. La séquence est rapide. Même au pas de course. Pas de considérations trainantes, pas de longs discours, pas d’hésitation… car « aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent » et « aussitôt, laissant dans la barque leur père et ses ouvriers, ils le suivirent ».

   « Aussitôt » … La réponse est spontanée, rapide, enthousiaste, quasi irréelle,    on du mal à y croire. Oui, tout va vite, très vite, trop vite. Cette réponse quasi sur le champ des premiers disciples nous laisse songeur… quoi que dans notre monde marqué par l’immédiateté et la frénésie de la course après le temps cette rapidité peut s’entendre. Mais tout de même, cette promptitude à répondre à l’appel nous étonne, car Dieu ne veut pas forcer notre liberté en réclamant une réponse sans recul. Il n’est pas non plus un adepte de la culture du « tout, tout de suite ».

    Alors comment comprendre ce « aussitôt » de l’évangile ? Si ce « aussitôt »  n’est pas à confondre avec le règne de la précipitation, la tyrannie du « tout, tout de suite », comment comprendre ces réponses vives, rapides, décidées  sinon en gardant au cœur que la responsabilité de vivre n’admet aucun délai : lorsqu’il s’agit de redonner du souffle à un mourant, de préserver notre planète qui se meurt, de manifester un signe de pardon qui relève, une seconde, une minute, une journée sont précieuses, il y a urgence, le temps presse.

    Et bien nous dit Jésus, il en est ainsi du Royaume de Dieu. Tenez, un signe : ce sentiment d’urgence nous le trouvons de manière plus accentuée encore dans la lettre de l’apôtre Paul aux chrétiens de Corinthes : « Frères je dois vous le dire, le temps est limité ». En clair, l’essentiel ne saurait attendre. Et pour les habitants de Ninive et le prophète Jonas, le temps aussi leur est compté : « Encore 40 jours et Ninive sera détruite ».

    Bref, la parole de Dieu ce dimanche place notre existence de chrétiens, notre condition de disciples sous le signe de l’urgence. Et pourquoi ? A cause ou plutôt grâce à l’heureuse nouvelle, à la Bonne Nouvelle de Dieu. Le temps est accompli. Notre temps, notre aujourd’hui même, prend définitivement tout son sens. Nos vies trouvent leur ultime signification. Avec Jésus et son Evangile, Dieu vient remplir l’histoire des hommes et lui donner toute sa consistance. En un mot, le Royaume se fait proche !

   Aussi ce « aussitôt » de l’évangile est à entendre comme la disponibilité du cœur de l’homme à cette urgence du Royaume. Ce « aussitôt » souligne la force, l’élan, le souffle de la Parole de Dieu comme un puissant appel, car elle est « vivante la Parole de Dieu, énergique et plus tranchante qu’un glaive à double tranchant ». Et ce « aussitôt » souligne aussi la réponse radicale, engagée, profonde de l’homme face à cet appel de Dieu qui résonne fort dans un cœur qui cherche le sens et la manière de vivre en plénitude.

   Oui, la vraie mesure de nos jours c’est de ne pas reporter à demain notre réponse à la Parole d’amour qui veut éclairer de l’intérieur notre vie, lui donner son sens, sa signification, son goût et un avenir à tout ce que nous vivons au quotidien. Il s’agit sans plus attendre d’ajuster, d’accorder nos vies à l’extraordinaire amour auquel Dieu nous appelle. Et s’il y a une urgence, c’est bien celle de ne plus différer, de ne plus remettre à plus tard, la nouveauté de vie de l’Evangile car voyez-vous, c’est avec les pécheurs que nous sommes que Dieu veut faire des saints aujourd’hui, et les pécheurs que nous sommes peuvent devenir grâce à Dieu des pécheurs d’hommes, c’est-à-dire des êtres au service d’une Bonne Nouvelle qui va arracher les hommes aux puissances du mal.

   En effet, l’expression « pêcheurs d’hommes » annonce à Simon et à son frère André, à Jacques et à Jean, qu’ils ne quittent pas « aussitôt » leur métier pour devenir des gens inutiles, des gens hors sols, shootés à l’Esprit-Saint. Non, ils seront aussi efficaces dans l’annonce du Royaume que dans leur métier. Il s’agit pour eux d’annoncer une Nouvelle qui change tout : les temps ont fait le plein, le Royaume est déjà là. Mais pour l’accueillir, il faut se convertir, changer de manière de voir et de penser. Il n’y a plus à attendre car les hommes ont besoin de beaucoup plus d’amour que le monde ne peut leur en donner. Le temps presse !

   Et puis si ce « aussitôt » est l’adverbe préféré de l’évangile de Marc, sa signature spirituelle, au point qu’on nomme son évangile : l’Evangile de l’ugence, n’oublions pas pour autant que la marque divine est la patience et la miséricorde avec nous. Mais pour l’homme le temps presse. Se convertir est une urgence absolue car c’est ici et maintenant que Dieu veut faire du neuf dans nos vies, c’est aujourd’hui le temps du Salut, le Jour du Seigneur.

   Voilà ce récit d’appel des premiers disciples, c’est le nôtre aujourd’hui. Avec le Christ, il faut se mettre en route, en mouvement, quitter l’ancien pour changer notre regard sur Dieu, sur les autres et sur nous-mêmes, car « il passe ce monde tel que nous le voyons ». Alors Seigneur nous te prions : Rien de compliqué chez toi. A Simon et à André tu dis simplement : « Venez à ma suite. Je vous ferai pécheurs d’hommes ». Chez toi, avec toi, pas de négociations, encore moins de marchandages, alors que nous, nous sommes si tarabiscotés. Nous entendons parfaitement chaque dimanche ta Parole et en semaine les appels de la vie, mais nous faisons la sourde oreille, car Seigneur, ce que tu nous demandes ne va pas vraiment pour nous. Et bien aide-moi, aide-nous à laisser la barque de nos embarras et de notre confort et à partir à ta suite, à dire « aussitôt » : Amen, Oui !

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