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Homélie du dimanche 17 septembre

Mes amis, Jésus nous livre ce dimanche la suite de son enseignement sur la vie en Eglise. Il y a huit jours, c’était la question de la conduite fraternelle. Voici, aujourd’hui, la question du pardon : « Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? »

Mais avant de nous interroger sur le nombre de fois que nous devons pardonner, ou jusqu’où pardonner, beaucoup se demandent même : est-il possible de pardonner ? C’est une vraie question mais dans sa réponse, Jésus ne va évoquer ni les conditions du pardon, ni ce qui serait ou non pardonnable. La réponse de Jésus porte sur le sens du pardon. Aussi

mettons-nous à l’écoute de la réponse de Jésus à la question de Pierre : « Combien de fois devrais-je pardonner ? »

Du temps de Jésus les rabbins répondaient : « Une fois, deux fois, trois fois, oui ; mais pas la quatrième ». Pierre, pose la question à Jésus. Peut-être va-t-il donner une réponse d’une folle générosité, alors mieux vaut d’emblée voir large. Pierre interroge : dois-je pardonner « jusqu’à sept fois » ? Oui, Pierre généreux, est prêt à aller jusqu’à sept fois, ce qui est pour lui le maximum : sept, le chiffre parfait. Mais la répartie de Jésus volatilise la question : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois. » Sept était un chiffre de plénitude. Pierre croyait avoir fait bonne mesure. Les « soixante-dix fois sept fois » de Jésus, c’est la plénitude multipliée par la plénitude. Les « soixante-dix fois sept fois » disent que le pardon est à vivre aussi souvent que nécessaire. Et pour couper court à tout calcul, Jésus invente pour ses disciples la parabole du serviteur gracié et impitoyable.

Dans cette parabole tous les traits sont volontairement forcés :

. D’abord les deux sommes apparaissent disproportionnées ; dix mille talents, près de 780 000 euros, c’est une somme énorme, comme seuls pouvaient en manier des gouverneurs de royaumes ou de provinces ; c’est la dette impossible à payer. En face, une modique somme : cent deniers, l’équivalent de deux ou trois mois de salaire pour un journalier agricole.

. Surprenante est aussi la bonté du roi : son financier ne demandait qu’un moratoire, le temps de combler le trou par une bonne gestion, et le roi, d’un coup, lui remet toute sa dette.

. En contraste avec cette magnanimité du roi, la dureté du serviteur n’est que plus révoltante et sordide : en sortant du palais, il prend à la gorge son compagnon.

Jésus prend bien soin de situer cette scène dans un pays étranger. En effet, le droit d’Israël ignorait la prison pour dette, la torture du débiteur, et encore plus la vente de la femme et des enfants pour éteindre la dette. Aucune allusion politique précise ne vient donc détourner l’attention des disciples, et chacun reçoit de plein fouet la question du roi dans la parabole : « Ne devais-tu pas, toi aussi, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ? ».

La parabole des deux serviteurs est on ne peut plus claire. Ce roi « saisi de compassion », Jésus nous dit qu’il est la figure de son Père, figure de Dieu dont le pardon et la miséricorde sont sans mesure pour qui se tourne vers lui. Dans l’Eglise est accordée le pardon de Dieu par le Christ. Comment nous qui venons de demander à Dieu sa miséricorde et son pardon, au début de cette eucharistie, allons-nous nous comporter autrement que ce serviteur et pardonner ? Oui, avec cette parabole, nous entendons aujourd’hui, le Christ Sauveur dire à chacun de nous : « Toi qui si souvent a été pardonné, que fais-tu de son pardon dans ta vie quotidienne ? »

A cela nous invite, la demande du Notre Père : « Remets-nous nos dettes, comme nous-mêmes nous remettons leurs dettes à nos débiteurs. » Le premier volet de cette demande nous fait prendre conscience de la dette que nous avons envers Dieu, lui qui n’est que miséricorde et pardon. Le deuxième volet de la demande nous assure que si nous sommes libérés de ce qui nous alourdit, nous pouvons changer nos relations avec nos débiteurs.

Tenez, je voudrais citer les propos de Sarah, chrétienne irakienne qui a fui son pays depuis plusieurs années. Réfugiée en France, son évêque l’envoie à une session de formation sur les relations entre chrétiens et musulmans. À l’arrivée, elle nous partage ses réticences à cause de la dureté de ce qu’elle a vécu. À la fin de la session, elle nous a dit : « Je sais que le chemin à prendre est celui du pardon, mais cela demandera beaucoup de temps ! Ici, j’ai découvert que ma vocation est peut-être de servir la réconciliation entre chrétiens et musulmans. » L’attitude dont témoigne cette femme est celle à laquelle appelait Ben Sira, deux siècles avant Jésus : « Ne garde pas de rancune envers le prochain », « Renonce à toute haine. » Pour nous chrétiens, cette attitude s’enracine dans celle du Christ qui témoigne jusqu’à l’extrême de l’amour et du pardon de Dieu. À cause du Christ, nous sommes appelés à servir la paix en rejetant rancune, vengeance, haine, en nous risquant sur le chemin du pardon. Alors, au cours de cette Eucharistie, avec le psalmiste, bénissons le Seigneur : n’oublions aucun de ses bienfaits et soyons bienfaisants à notre tour. Et demandons au Seigneur de ne jamais oublier que ceux qui pardonnent sont les guérisseurs de l’humanité. Plutôt que de ressasser l’offense ou le dommage, plutôt que de rêver de revanche ou de vengeance, ils arrêtent le mal à eux-mêmes. Ils en épuisent le venin. Alors qu’ils pourraient garder le point serré, ils ouvrent des mains généreuses. Au creuset de leur cœur, la souffrance et la rancune finissent par être submergées par la bonté. Oui, pardonner… c’est l’acte le plus puissant qu’il soit donné aux hommes d’accomplir. L’homme qui pardonne ressemble à Jésus. L’homme qui pardonne rend Dieu présent.

Allez vivons sans compter la grâce du pardon, là où nous vivons, faisons tomber les murs de la haine, servons la réconciliation. Demandons-le à Dieu les uns pour les autres au moment où nous dirons ensemble : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. » Amen !

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