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Homélie du Dimanche 12 Novembre 2023


A première vue, l’Évangile de ce jour ressemble à une histoire de tête en l’air !

La parabole nous présente en effet dix jeunes filles. Cinq ont de la suite dans les idées : elles ont prévu de l’huile en réserve, au cas où. Les cinq autres, qui n’ont pas fait provision d’huile, sont étourdies. Et cela leur sera fatal.


Il est curieux tout de même cet éloge de la prévoyance ! Tout ça pour une affaire d’huile ! N’est-ce pas un peu cher payer ?


D’autant que l’Évangile nous avait habitués à autre chose.

Souvenez-vous : dans son enseignement à ses disciples, Jésus n’avait-il pas prôné l’insouciance à l’image des lys des champs qui poussent tout seul ou des oiseaux du ciel qui volent en liberté. Et de nous inviter à ne pas trop nous soucier du lendemain : à chaque jour suffit sa peine !


Comment donc ne pas éprouver une certaine gêne à l’écoute de cette parabole à la conclusion redoutable : exclure ainsi ces pauvres filles des réjouissances des noces paraît tout à fait excessif. D’accord, dans leur hâte à rejoindre la fête, les insouciantes ont oublié leur petite cruche de réserve. Mais de là à prendre les prévoyantes pour un modèle de vertu ! Calculatrices oui. Mais surtout égoïstes ! N’y aurait-il pas eu moyen de faire autrement en partageant l’huile ?


Et du reste, à qui la faute ? Pourquoi l’époux tarde-t-il tant à venir ?

Rappelons-nous que, dans le judaïsme du 1er siècle, le mariage, qui se faisait par étapes, se concluaient par la remise de l’épouse à l’époux. Préalablement à cette remise, les parents de la fiancée échangeaient avec leur futur gendre, notamment sur le montant de la dot à verser en échange de la remise. Et cela pouvait prendre du temps, histoire de faire comprendre au jeune promis les qualités de la femme qu’il s’apprête à prendre pour épouse.


Il n’est donc pas étonnant que les palabres prennent du temps, à tel point qu’aujourd’hui encore en Palestine, et dans certains autres pays orientaux, il n’est pas rare d’attendre l’arrivée de l’époux.


Lorsqu’au milieu de la nuit, le messager annonce enfin sa venue, le rituel veut que les jeunes filles laissent seule la fiancée aller au-devant du mari qu’accompagnent ses amis. L’arrivée nocturne des fiancés à la maison paternelle constitue le point culminant de la noce.


Dans ces conditions, quel sens peut avoir cette parabole aujourd’hui dans nos sociétés occidentales ?

Pourquoi cette dureté de l’époux envers les jeunes filles ? « Je ne vous connais pas ! » Tout ça, rien que pour un manque d’huile…

C’est dire qu’être invité à la noce ne suffit pas. Encore faut-il s’être préparé à ce rendez-vous.


Pour la jeune communauté chrétienne née de la mort et de la résurrection du Christ, cette parabole est parlante : l’époux est le Christ, et les jeunes filles invitées à la noce représentent l’Eglise qui se porte au-devant de son Seigneur. Mais, quand le Seigneur reviendra-t-il ?


Au lendemain de l’Ascension, les premiers chrétiens espéraient son retour de manière imminente. Or celui-ci se fait attendre.

Le retard symbolise cette longue attente. Un jour, nous le croyons, cette attente prendra fin. Comment le Seigneur nous trouvera-t-il ? Éveillé ou endormi ? Prêts à accéder à la salle des noces ou face à une porte close ?

Au fond, toutes ces questions se résument en une seule : quel est notre niveau d’huile intérieur ?


Avouons qu’à part quelques illuminés ou bonimenteurs, les chrétiens d’aujourd’hui ne paraissent guère stressés par l’imminence de la fin des temps.

Nous sommes déjà bien pris par le temps présent qui passe trop vite, par la gestion de mil et un soucis du quotidien, occupés par tant de tâches à accomplir, d’objectifs à atteindre, préoccupés peut-être à boucler nos fins de mois…


Au cœur de notre quotidien, la parabole de ce jour nous invite à donner du poids à ce que nous faisons, à habiter pleinement chaque instant de nos vies : sans négliger les tâches du moment, ni perdre de vue l’horizon de notre vie.


Reconnaissons qu’en raison des moyens de communication actuels, l’ivresse de l’instant l’emporte souvent sur la profondeur du temps présent.


Dans un livre intitulé Faire tomber les murs, le pasteur Samuel Amédro dialoguant avec Mgr Jean-Paul Vesco, écrit ceci : « Que fait l’Eglise si ce n’est d’offrir un temps à part, pour se connecter avec Dieu, l’éternité, l’immensité, l’absolu, quel que soit le nom qu’on lui donne ? N’est-ce pas notre rôle d’offrir à nos contemporains des lieux de lenteur et d’éternité quand tout s’accélère et se précipite ? Offrir un temps de silence, de méditation et d’écoute quand le monde est dans la vocifération assourdissante et le brouhaha incessant ? C’est là un véritable service rendu à l’humanité. »


C’est alors que la parabole de ce jour, loin d’être anecdotique, trouve toute sa force d’interpellation : celle de se tenir prêt en veillant en vue du royaume qui vient.

Pour être prêt à l’heure, il faut se préparer à toute heure. Et cela, personne ne peut le faire à notre place. C’est pour cette raison que l’époux est si sévère.


Alors, quelle que soient notre forme physique, notre humeur du moment, la tiédeur de notre foi, que cet appel de Dieu vienne réveiller en nous l’espérance pour qu’au milieu d’une actualité face de violence, nous accueillions chaque jour qui vient comme un temps béni de Dieu qui a déjà goût d’éternité. Amen.


Père Bertrand Pinçon

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