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Homélie de Pâques

Lecture du livre des Actes des Apôtres 10, 34a.37-43 / Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Colossiens 3, 1-4 / Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 20, 1-9



C’était un matin de printemps. Il n’y avait pas de changements d’horaires, mais déjà il en est qui se lèvent tôt. Marie-Madeleine, elle qui, deux jours auparavant, était au pied de la croix, et n’a sans doute pas bien dormi, elle vient pour pleurer celui que son cœur aime. Elle est arrêtée dans ses pleurs : le tombeau est ouvert ! Son réflexe est de faire demi-tour pour alerter deux des disciples de Jésus et leur proclamer son désarroi : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau et nous ne savons pas où on l’a déposé. » Elle en restera à cette interrogation jusqu’à ce que Jésus se fasse reconnaître en l’appelant par son nom.

Même si Jésus en avait parlé – elle n’avait pas imaginé que son Seigneur aurait échappé à l’emprise de la mort. Comme elle, Thomas sera obsédé par la mort, demandant à voir les traces du supplice de la croix. Comme elle, les marcheurs d’Emmaüs seront obsédés par l’échec apparent de Jésus qui détruit leurs espoirs. Comme elle, nous sommes nombreux aujourd’hui à être obsédés par l’odeur de mort qui se multiplie autour de nous, depuis les guerres qui se rapprochent jusqu’aux propos défaitistes des bistrots et des réseaux sociaux. J’ai vu une fois dans une paroisse où je servais auparavant une dame venir faire la lecture à la messe revêtue d’un T.-shirt sur lequel était écrit « No Future ». A la sortie, je lui ai demandé si elle savait ce que cela voulait dire. Elle m’a dit « Non. » Je lui ai traduit « Pas d’avenir ! » - Elle me répond : « C’est mon fils qui me l’a offert ! » Alors je lui ai dit : « Inquiétez vous de savoir s’il sait ce que ça veut dire ! »

Pour Marie-Madeleine, même si l’avenir est celui d’un deuil à vivre, il est aussi celui d’un lien entre ceux qui ont suivi Jésus et pour qui Jésus a compté, et dès lors, elle court. Elle retrouve donc Simon-Pierre et « le disciple que Jésus aimait ». De celui-ci on dit souvent que c’est Jean l’évangéliste, mais la formule permet à chacun d’entre nous de se glisser à cette place.

Eux aussi, ils courent. Pourquoi courir, sinon parce que l’on pressent quelque chose d’important. Cette course est le contraire d’une fuite, sinon ils ne se rendraient pas vers un tombeau, un lieu de mort. Et on court avec le secret espoir de ne pas manquer quelque chose de vital.

Cette course – pour tout dire – me fait penser à celle de toute l’Église. Nous n’allons pas tous à la même vitesse, et c’est plus que normal. Mais on prend le temps de s’attendre. J’étais vendredi 22 mars chargé de conduire un groupe d’une cinquantaine de personnes de diverses confessions chrétiennes dans les rues des 3ème et 7ème arrondissement de Lyon allant d’église en temple et de temple en église pour chanter des psaumes. Ce n’était pas une course, mais il fallait s’attendre. C’était un bon exercice de vie ecclésiale (Cf. St Paul 1Co.11, 33).

Nous nous attendons, car nous avons besoin de partager ce que l’Esprit Saint nous donne à voir, chacun ayant son approche personnelle qui peut servir pour que tous grandissent dans la même foi.

Et là dans ce tombeau vide, qu’y a-t-il à voir ? Rien. Ou presque rien. Pierre examine avec attention. Et ce qu’il observe, c’est que les divers linges funéraires sont bien rangés, « chacun à sa place ». Mais le récit ne nous dit pas ce qu’il en pense. Peut-être pense-t-il rationnellement que cet ordre élimine l’hypothèse avancée par Marie-Madeleine d’un enlèvement qui se serait, à coup sûr, traduit par du désordre. L’autre disciple en voit assez pour croire. Là encore la vitesse n’est pas la même, mais le résultat est là : on n’est plus dans la course, l’excitation. On entre dans la méditation de la Parole qui commence à ce moment-là : « Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. ».

Pour nous qui, aujourd’hui, sommes près du Vendredi Saint, nous ne comprenons guère plus, sinon en accueillant la Parole des Écritures. Nous avons entendu dans la première lecture, que Pierre – le même Pierre muet devant le tombeau – quelques années plus tard, il a progressé : il affirme au centurion Corneille que Jésus est ressuscité et il en témoigne. C’est aussi cela l’Église : nous pouvons nous étonner des avancées des autres et en rendre grâce. Pierre a maintenant les mots qu’il a sélectionnés avec l’Église pour dire ce qui est indicible. Nous, nous sommes habitués à entendre « ressuscité » sans toujours savoir ce que cela recouvre. Lui dans son discours en grec utilise deux mots : « Dieu l’a réveillé le troisième jour » et « après son relèvement d’entre les morts ». Réveillé. Relevé. Ressuscité. Tel est ce Jésus vainqueur de la mort, comme ses disciples arrivent à l’entendre peu à peu.

Et ils découvrent, jour après jour, qu’ils sont eux-mêmes réveillés et relevés, comme le dit aussi St Paul, et que cela les fait aspirer « aux réalités d’en haut ». C’est que la pesanteur des choses et l’obsession de la mort cède peu à peu la place à une profonde joie devant l’inouï, l’inconcevable. « Nous ne savons pas où on l’a mis », c’est que Dieu lui-même l’a pris, accueilli et qu’il nous attend auprès de Lui.

S’il est parmi vous un fabricant de T.-shirt, qu’il en imprime un avec « Future, Yes ! ».

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