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Edito du 17 mars : « Jésus cracha par terre » (Jean 9, 1-41)

« Jésus cracha par terre » : curieux et dérangeant verset. On veut bien suivre le Christ quand il prie et guérit, quand il pleure ou quand il enseigne, mais ce geste trivial de quelque footballeur peu éduqué sur la pelouse de l’OL a de quoi surprendre. Et pourtant, ce verset nous enseigne quelque chose d’essentiel : le Christ n’est pas une figure mythique détachée du réel.

Pendant sa vie sur terre, il a mangé, il a bu, il a partagé l’humilité de notre corps, ses nécessités, ses limites, ses odeurs, ses blessures, mais aussi ses pulsions, ses forces, sa puissance de vie et de beauté. Il nous enseigne que la grâce est entrée dans la pesanteur, que l’Invisible s’est rendu visible à nos yeux. Son geste est mystique aussi, tant il est vrai que le mystère descend aux gestes les plus humbles, que l’Amour s’abaisse.

En ce sens, l’amour est toujours charnel jusqu’en son esprit et spirituel jusqu’en sa chair. Le Seigneur nous redit que sa Parole, sa salive, s’est mêlée à la terre, comme au commencement du monde Adam fut pétri de la terre. Il nous redit que la Parole s’est faite chair, que le Très Haut s’est fait le Très bas. Ainsi la vie descend jusque dans notre corps mortel, promesse de sa résurrection. Dieu a touché la terre, mais savons-nous le voir ?

Dans l’évangile de ce 4° dimanche de Carême, sommes-nous aveugles, demandent les pharisiens ? Bonne question que l’on peut reprendre à notre compte. La réponse est oui ! Et même aveugle de naissance et donc sans responsabilité de notre part. Ce n’est pas grave : « je suis venu pour que voient ceux qui ne voient pas ! » Plus grave ceux qui croient qu’ils y voient clair et qui savent ce que Dieu veut… Des « voyants » en quelque sorte !

Recouvrer la vue, mais pour voir quoi ? Pour voir ce qui ne se voit pas, l’invisible dans le visible, l’amour de Dieu dans la tendresse conjugale, la Parole dans l’Ecriture, le Royaume de Dieu dans l’ordinaire de la vie, les signes des temps dans l’histoire, les petites attentions bienveillantes de Dieu dans mon quotidien…

Comment fait-on ? Comment donc tes yeux se sont-ils ouverts, demande-t-on à un aveugle de naissance qui recouvre la vue ? Jésus clarifie le regard et nous apprend à voir la vie autrement. Pas question de se laisser aveugler par ce qui brille, ni de fermer les yeux sur ce qu’on n’a pas envie de voir mais, progressivement, d’apprendre avec le Christ à voir le monde à sa façon et pas à la manière du monde. Apprendre un autre regard posé sur l’autre, qui le grandit, et se voir soi-même dans le regard aimant du Christ…

Les écailles tombent des yeux, comme pour St Paul qui croyait y voir clair mais qui, en renonçant à ses certitudes, y compris religieuses, apprend à discerner… Je suis venu pour un discernement, dit Jésus. Eh bien que ce temps de Carême nous fasse la grâce de nous préparer à reconnaître la lumière du matin de Pâques.

P.ROLLIN+

Recteur de St Bonaventure/chapelle HDieu

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