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Éditorial du Dimanche 28 septembre 2025

Un abîme à combler.


On intitule parfois le récit d’évangile de ce dimanche ( Luc 16, 19-31) : la parabole de Lazare et du mauvais riche. Mais où voit-on que ce riche soit mauvais ? Dans cette histoire, il ne fait de mal à personne. On ne le montre pas en train d’insulter, de déshonorer, de rudoyer Lazare. Il ne semble même pas qu’il ait organisé d’une façon ou d’une autre la spoliation de Lazare ou qu’il se soit enrichi par un commerce frauduleux. Non, rien de tout cela ! Seulement la distance, le grand abîme sur la terre comme au Ciel.


De quoi ce riche, « qui n’a rien fait de mal » est-il coupable ? D’abord de ne pas voir. Le pauvre est à la porte, mourant de faim, et le riche n’arrête pas sur lui son regard. On sait ce que peut signifier un regard dans un cas d’extrême misère. Souvenez-vous de la parabole du bon Samaritain. Un blessé sur la route, deux hommes passent et font un détour. Ils ont certes aperçu le blessé mais ils n’arrêtent pas sur lui leur regard. Vient le Samaritain : « Il le vit et fut saisi de pitié. » Voilà qui comble l’abîme : un regard suffisamment appuyé pour que la compassion ait le temps d’y naître et de s’y déployer.


En chaque parabole, Dieu parle. En celle-ci, il nous parle de distance et d’abîme. Le souffrant, pauvre clochard à la porte, blessé sur la route est à mille lieues de l’homme valide, heureux et nourri. Cette distance, un regard de vraie sympathie peut la combler. Il est au début de toute charité, de tout amour. Il est inévitable que cette parabole nous inquiète, qu’elle mette en cause notre indifférence. Pourtant, elle ne doit pas nous décourager. Elle nous suggère, en quelque sorte par défaut, quel est le premier pas, le premier geste, qui diminuera l’insupportable distance, cet abîme qui en nous protégeant du malheur et des malheureux nous sépare de Dieu. Un regard. Si ce regard est vrai le reste suivra.


P.ROLLIN

Recteur St Bonaventure/Chapelle HDieu

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