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Éditorial du 6 octobre 2023 : "Prendre ce qui ne nous appartient pas".


Pour chaque parabole, plusieurs lectures sont possibles. Celle qui nous est proposée ce weekend, tirée de l’évangile selon Matthieu, reçoit d’ailleurs des titres divers selon la traduction qui la reproduit. Dans la Bible de Jérusalem (1998) et dans la Traduction liturgique, on lit : « Parabole des vignerons homicides. » Dans la Traduction Œcuménique de la Bible (2010) : « Les métayers révoltés ». Dans La nouvelle Bible Segond (1999) : « La parabole des mauvais vignerons. »


Ces vignerons ou ces métayers sont la figure des autorités juives, à qui Dieu a confié sa vigne, c’est-à-dire son peuple, et qui s’approprient les fruits du vignoble dans lequel ils travaillent. Le maître envoie des serviteurs pour en réclamer les fruits ; ils représentent les prophètes maltraités par les chefs d’Israël au cours des siècles. Aucun d’entre eux n’est écouté, la plupart sont frappés, quelques-uns sont tués. Quant au fils, que le propriétaire envoie en dernier, il est jeté hors de la vigne et mis à mort avec violence ; il est la figure de Jésus qui prévoit l’assassinat qui l’attend, et l’annonce en termes imagés.

Cette lecture correspond aux titres que nous pouvons lire dans les différentes bibles que nous venons de nommer. Elle est centrée sur la malhonnêteté des vignerons que sont les autorités juives et leur violence vis-à-vis des prophètes, en terminant par Jésus, le Prophète de Nazareth. Mais en quoi nous concerne-t-elle ?


Et si les mauvais vignerons c’étaient nous ? La vigne que Dieu chérit, ce pourrait être le monde. Il est confié à l’homme pour qu’il le cultive et lui fasse porter des fruits, comme le rappelle le livre de la Genèse : « Le Seigneur Dieu prit l’homme et le conduisit dans le jardin d’Eden pour qu’il le travaille et le garde » (Genèse 2, 15). Il n’est pas notre propriété.

Or, nous prenons souvent comme étant nôtres les biens que le Seigneur nous a confiés. Nous exploitons la planète bien au-delà de ce qu’elle peut fournir. Nous consommons, nous accumulons des biens, alors qu’ils ne nous appartiennent pas. Ils sont à Dieu, nous n’en sommes que les intendants, et nous devons veiller à ce qu’ils soient équitablement partagés.


Il est alors normal que des humains qui manquent de l’essentiel viennent le chercher chez nous, comme le rappelait le pape François à Marseille, chez les métayers que nous sommes… Nous ne sommes pas révoltés, ni directement homicides. Mais, en nous approprions abusivement des biens qui ne nous appartiennent pas, nous sommes infidèles à notre vocation d’êtres humains appelés à la fraternité et au partage.


Dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, nous sommes invités à la conversion.



P. Michel Quesnel, prêtre à Saint-Bonaventure et la chapelle de l’Hôtel-Dieu.

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