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Homélie du dimanche 11 juin

Evangile Jean 6, 51-58


« Moi, je suis le pain vivant qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement ». « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle. »

Mes amis, l’évangile de ce dimanche est difficile à comprendre. Bien sûr nous voulons tous la vie, et la vie en abondance, la vie éternelle. C’est le plus beau cadeau que Dieu nous fait. Mais dans ce texte, Jésus nous dit qu’il faut le manger et le boire pour l’obtenir. Or, à moins d’être cannibale et vampire, cela ne se fait pas ! Mieux : c’est interdit par la Loi !

Et puis cette image : « Moi, je suis le pain vivant descendu du ciel », quelle étrange, énigmatique image car à ce que je sache, nous n’avons jamais vu pleuvoir du pain ? Et en plus un pain vivant, qu’est-ce à dire ? On connait le pain frais, le pain rassis, mais un pain vivant ? Voilà une image insolite !

Bon, pour comprendre il faut se souvenir de la longue marche des hébreux pendant 40 années dans le désert. Menés par Moïse, ils avaient quitté la terre d’Egypte et son esclavage. Ils marchaient péniblement vers la terre promise, la terre de la liberté, et ils commençaient à râler. La plainte concernait leur estomac. Ils regrettaient les marmites de viande et le pain à volonté qu’ils avaient en Egypte. Finalement, l’esclavage était confortable, on avait au moins le ventre plein !...

Le Seigneur entendit la plainte de son peuple et il envoya « le pain du ciel », « la manne », sous forme d’une fine croûte qui succède à la rosée. « Quand ils virent cela, les fils d’Israël se dirent l’un à l’autre : « Mann hou ? » (ce qui veut dire : qu’est-ce que c’est ? ), car ils ne savaient pas ce que c’était. Et Moïse leur dit : « C’est le pain que le Seigneur vous donne à manger ». (Exode 16,14-15) Et le don de la manne se répéta tant que le peuple fut en marche dans le désert. La manne avait permis à Israël de vivre l’épreuve du désert jusqu’à l’entrée en terre promise.

Mais son message ne s’arrêtait pas là. La manne restait pour Israël un mystère dont il est impossible de sonder le sens ultime. « Mann hou ? Qu’est-ce que c’est ? ». Dans le désert la manne n’était rien, elle n’avait pas de consistance, elle fondait au soleil. Sans apparence, elle n’avait même pas de nom. La manne c’était d’abord une question, un pain inconnu, « cette nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connue, afin que tu connaisses que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche de Dieu » (Deutéronome 8, 3). La manne on ne pouvait donc pas en faire de provisions. Le peuple ramassait le matin, juste ce dont il avait besoin. S’il en ramassait trop, la manne pourrissait. La manne c’était une nourriture non seulement matérielle, mais aussi spirituelle. C’était un signe qui s’efface devant la réalité qu’il signifie : la Parole de Dieu, ce pain vivant qui donne la vie pour le jour qui vient.

Alors quand Jésus parle du « pain vivant descendu du ciel », il dépose ses pas et ses mots dans ceux des Ecritures. Et ses interlocuteurs juifs ont fait aussitôt le rapprochement. Jésus leur fait signe qu’il est la Parole de Dieu faite chair, Parole de Dieu qui doit être reçue, assimilée, devenir en nous énergie vitale, comme le pain matériel devient sang, chaire et muscles. Il est la re-création continue de notre être, si nous nourrissons de sa vie donnée, de son corps ressuscité, communion la plus vitale qui soit. Il est ce Pain vivant qui donne la vie, et la vie en abondance, pour toujours, au-delà même de la mort. Il est cette mystérieuse nourriture qui peut nous vivifier tout entiers, corps, âme et esprit et se faire garant de notre éternité. Le pain que Dieu nous donne, c’est sa chair et son sang, c’est-à-dire toute sa vie, cette vie à jamais donnée, livrée par amour pour la multitude, cette vie que nous sommes invités à faire nôtre, à vivre nous aussi dans la chair et le sang, dans tout ce qui fait notre vie quotidienne. Oui, « devenez ce que vous recevez » disait St Augustin, le corps du Christ !

C’est le mystère de l’Eucharistie, l’Eucharistie qui reste pour nous un mystère : « Mann hou, qu’est-ce que c’est ? » Oui, comme une part de la foule évoquée dans l’évangile, nous sommes tentés de nous interroger : « Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger ? » Pourtant, en choisissant la symbolique du repas, Jésus pose un geste tellement humain, qu’il devrait nous parler immédiatement.

Se nourrir, n’est-ce pas d’abord assurer son existence : personne ne peut continuer de vivre sans boire ni manger. Suivre le Christ, c’est donc travailler à ce que sa Parole nous devienne aussi indispensable que l’eau et le pain… alors lorsque nous marchons vers l’autel pour communier, avons-nous conscience d’avoir réellement faim de Dieu au point que notre vie en dépende ? Manger, c’est aussi laisser la nourriture renouveler les cellules de notre organisme. Communier au corps et au sang du Christ, c’est donc le laisser entrer en nous pour nous transformer. Lorsque nous ouvrons la bouche à l’hostie, avons-nous conscience d’ouvrir notre vie à Dieu pour qu’il la renouvelle de l’intérieur ? Se nourrir, c’est enfin partager le repas avec d’autres. Avons-nous bien conscience que l’Eucharistie nous invite à sortir de nous-mêmes, à ouvrir nos yeux sur le monde ? Bref, en communiant au corps et au sang du Christ, avons-nous conscience de nous nourrir de sa Résurrection…

Oui, il est grand le mystère de la foi. Devant le pain vivant, nous n’avons pas seulement les yeux plus gros que le ventre, nous devons avoir la foi plus grande que les yeux. Un aliment à notre petite mesure, on le digère facile, mais avec cette nourriture céleste, ça ne passe pas, non parce ce que c’est indigeste, mais parce que c’est inépuisable : nos facultés de connaissance et d’amour n’en ont jamais fini de grandir dans ce repas de noces où le plus spirituel s’accomplit à travers le plus charnel. En communiant nous n’assimilons pas le pain céleste, c’est lui qui nous assimile, non pas en nous dissolvant, mais en nous dilatant, pour que notre bouche soit assez vaste pour bénir tout ce qui est. Alors heureux, bienheureux les invités au repas du Seigneur !

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