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Homélie du 15 janvier 2023

Evangile Jean 1, 29-34. Homélie 2 TOA

« Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. » Que signifie cette exclamation de Jean-Baptiste que nous reprenons à chacune de nos eucharisties ? Oui, vous le savez bien, il y a dans la liturgie beaucoup de formules auxquelles nous sommes tellement habitués qu’elles se sont peu à peu vidées de sens. Alors quand le prêtre, juste avant la communion, élève l’hostie et dit : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde… » A quoi pensez-vous ? Ces mots ne sont-ils pas devenus sans couleur et sans saveur, sans poids et sans impact sur nous ?

Et bien l’évangile de ce dimanche nous offre l’occasion de nous arrêter sur cette invocation qui est dite ou chantée à chaque messe, et même répétée à trois reprises à la suite : « Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » Oui, qu’est-ce que cette expression « Agneau de Dieu » signifiait pour Jean l’évangéliste alors que, presque centenaire, il l’écrivait dans son évangile ? Quel sens avait-elle pour Jean-Baptiste qui l’employait à peu près trois quarts de siècles plus tôt ? Qu’évoque cette expression biblique qui parait curieuse de nos jours ?

« Agneau de Dieu », voilà en effet un langage imagé qui demande quelque éclaircissement. Tant cette expression nous a valu au long des siècles quelques tableaux pleins de niaiserie et de piété doucereuse. Hélas, pourtant, à qui lit un tant soit peu la bible, comment ne pas entendre comme en écho le texte du prophète Isaïe : « Comme un agneau traîné à l’abattoir, lui, n’ouvre pas la bouche… Sans beauté, sans éclat pour attirer nos regards, homme de douleur, abandonné des hommes ». Ce texte du serviteur souffrant a été relu par les premiers chrétiens, il a été compris comme une allusion à la passion de Jésus. C’est dire combien nous sommes loin du doux agnelet de nos peintres ! Et puis impossible aussi de ne pas penser à l’agneau pascal sacrifié dans la nuit précédant l’exode d’Egypte qui est libération par Dieu de l’esclavage de son peuple.

Comprenons-donc que sous ce vocable « Agneau de Dieu », Jésus est reconnu par l’évangéliste comme celui qui est la victime innocente dont l’assassinat, la mort scandaleuse, révèle et dénonce la violence qui anime la société des hommes. Toute sa vie, toutes ses paroles, toutes ses actions ont été porteuses de libération, de réconciliation et de fraternité. Oui, Jésus a été celui qui ne ménage pas sa peine et use sa vie pour libérer l’homme de ses servitudes, pour remettre debout et en marche ceux qui ne pouvaient plus se dépêtrer de leur paralysie. Il a été celui qui brise les barrières érigées par les puissants pour maintenir leur système politico-religieux avantageux pour leurs privilèges au mépris du peuple, des pauvres et des petits. Et cela l’a conduit à la mort, « traîné à l’abattoir, homme de douleur ». Jésus c’est l’Agneau de Dieu brisé du vendredi saint.

Mais voici que l’évangéliste ajoute qu’il est « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». Formule très vague et très générale qui demande elle aussi quelque éclaircissement. En effet, il n’est pas dit : « les péchés du monde », cette litanie que chacun de nous pourrait faire de toutes les petites ou grandes horreurs ou bassesses qui sont le quotidien de l’histoire humaine. Histoire à laquelle nous participons, chacun à notre place, chaque jour, avec notre propre responsabilité voire notre culpabilité. Non, l’évangéliste parle non pas des péchés, mais du péché du monde, au singulier.

Comment comprendre ? Une clé peut-être se trouve dans un autre passage de l’évangile de Jean. Souvenez-vous, dans le récit de la guérison de l’aveugle-né : « Vous dites, nous voyons ! Alors que votre péché demeure ». Le péché au singulier, le péché par excellence, le péché mortel, serait donc dans l’aveuglement volontaire. Dans le refus de reconnaître ses faiblesses, ses limites, ses erreurs. Dans l’attitude orgueilleuse de celui qui reste fermé sur ses certitudes, enferré dans ses positions, plein de lui-même. Un peu, pour prendre une comparaison, comme l’alcoolique qui refuse de voir son problème et donc s’y enfonce encore plus ou comme le schizophrène prêt à affirmer que les autres, eux, sont malades.

Aussi regardons Jésus « l’Agneau de Dieu » qui vient à Jean-Baptiste pour un baptême qui est reconnaissance de la faiblesse humaine devant Dieu. Nous avons peut-être peine à y croire, mais Jésus, l’homme Jésus, se reconnaît faible devant Dieu. Il est, comme chacun de nous, solidaires de la fragilité, de la faiblesse, de la misère humaine. Il est comme nous solidaire de l’humanité engluée dans son péché, dans sa volonté de puissance, dans son orgueil. Et nous voyons trop bien dans notre monde combien cette volonté de puissance mène au désastre. Désastre écologique, désastre moral, désastre humain où les petits sont écrasés par les puissants et leur argent. Volonté de puissance et orgueil qui nous empêchent d’être nous-mêmes, d’être vraiment libres.

Jésus, lui, est dans la vérité, dans la justesse face à Dieu qu’il appelle Père. Il se conduit en fils. Aussi, dit notre évangile de ce jour, « l’Esprit de Dieu lui est donné et demeure sur lui ». C’est cette fidélité à Dieu dans une attitude juste qui est source de vie, ou dit autrement, qui « enlève le péché du monde ». Par sa solidarité jusqu’à la mort même avec les hommes, les pauvres hommes que nous sommes, par se fraternité avec tous les paumés et les pécheurs, par son attitude filiale envers Dieu, il sauve le monde. Il nous ouvre un avenir, il nous révèle à nous-mêmes notre être véritable caché sous une couche plus ou moins épaisse et lourde de ce qu’il faut bien appeler notre péché. Il nous dévoile que nous sommes comme lui, avec lui, fils de Dieu. Il nous donne de découvrir que l’Esprit de Dieu est descendu sur nous et demeure avec nous pour vivre en hommes libres et heureux.

Voilà j’espère avoir été assez claire pour déployer la richesse de l’expression « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. » A nous de redonner à ces mots de la liturgie tout le poids qu’ils devraient avoir dans nos vies. Oui, ne l’oublions pas, « L’Agneau de Dieu » est à la fois l’Agneau brisé du vendredi et l’Agneau glorieux du dimanche. Le vendredi on le mène à l’abattoir pour le rompre mais, au matin du dimanche, le voici debout, vivant, radieux. A nous donc de proclamer avec la foule immense de l’Apocalypse : « Soyons dans la joie, car elles sont venues les noces de l’Agneau… Oui, heureux, bienheureux les invités aux noces de l’Agneau. »

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