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Homélie de la veillée pascale

30 mars 2024 – Veillée pascale et messe de la Résurrection à Saint-Bonaventure

Exode 14,15 – 15,1a ; Isaïe 55,1-11 ; Ezéchiel 36,16…28 ; Romains 6,3b-11 ; Marc 16,1-7

 

Homélie de Michel Quesnel

J’ajoute le verset qui suit et que la lecture liturgique n’a pas conservé : « Elles sortirent et s’enfuirent du tombeau parce qu’elles étaient toutes tremblantes et hors d’elles-mêmes. Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur. » Il contribue grandement au sens de la scène rapportée par Marc, et je trouve dommage qu’il ait été omis.

Pourquoi ce verset est-il important ? – Parce qu’il parle de la peur et du silence des femmes venues au tombeau, le dimanche matin, et que cette peur et ce silence font partie du message de la résurrection. Il y a au moins deux dimensions de cette peur et de ce silence qui méritent d’être soulignées.

La première vient du fait que l’évangile de Marc a été rédigé à Rome, peu après la persécution des chrétiens organisée par l’empereur Néron, et qu’il était dangereux de se déclarer chrétien. L’évangéliste fait alors entrer le lecteur dans son récit. Il nous arrive à tous d’avoir peur de témoigner : dans certaines régions du monde c’est dangereux. Et dans un pays comme le nôtre, nous pouvons avoir peur du ridicule ou des critiques. Les confesseurs entendent souvent les pénitents s’accuser de leur timidité et de leur manque de courage pour exprimer leur foi.

La deuxième relève de ce qu’on pourrait appeler une terreur sacrée. Comment peut-on rester calme devant un événement aussi extraordinaire que la résurrection de Jésus. Il est mort comme un criminel le Vendredi saint. Pendant une journée complète, le samedi, tous ses disciples, hommes et femmes, ont cru que l’aventure était terminée. Et voilà qu’une intervention divine redistribue complètement la donne. Jésus n’est plus mort. Il est vivant, et il sera possible de le voir en Galilée où il précède toutes les personnes qui se sont attachées à lui. C’est bouleversant. On n’ose à peine en parler.

Heureusement, les personnes qui croient en la résurrection de Jésus forment un corps, qui s’appelle l’Eglise ; et, lorsque certains de ses membres sont faibles et silencieux, d’autres ont davantage de force. Non pas parce que ce sont des athlètes de la foi, mais parce que Dieu met en eux une puissance qui leur permet de sortir du silence et de témoigner.

C’est bien ce paradoxe qui s’exprime dans les différentes lectures bibliques que nous avons entendues. Dans le livre de l’Exode, quelle était la force des Hébreux face aux armées de Pharaon ? Elle était nulle. Et pourtant ils ont eu la vie sauve alors que Pharaon et ses armées ont été engloutis par la mer.

Dans le livre du prophète Isaïe, Dieu offre à boire à ceux qui ont soif. Ceux qui ont soif sont en situation de faiblesse. On ne peut pas vivre sans manger ni boire. L’actualité brûlante de Gaza nous le rappelle de façon tragique. Toujours chez le prophète Isaïe, Dieu se révèle à ceux qui le cherchent. Etre en recherche, c’est reconnaître ses manques, c’est ne pas être plein de soi-même, c’est avouer ses faiblesses.

Quant au prophète Ezéchiel, il s’adresse à des Juifs exilés en Babylonie, loin de chez eux, tentés de perdre espoir. Son message est plein d’espérance. Le retour de l’exil est annoncé : « Je vous prendrai du milieu des nations, je vous rassemblerai de tous les pays, je vous conduirai dans votre terre. Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés. »

Et ce qu’annonce l’apôtre Paul dans l’épître aux Romains va dans le même sens. Le geste d’entrée dans la communauté chrétienne, une communauté de vie, est un geste de mort : le baptême. Un baptême, c’est une plongée sous la surface de l’eau qui entraîne inévitablement la noyade. Le chrétien baptisé vit un itinéraire calqué sur celui du Christ.

Jésus, qui est de condition divine, s’est d’abord immergé dans l’humanité. Puis, devenu humain, il a été plongé dans une mort accompagnée de souffrances horribles, celles du crucifiement. Mais la puissance de son Père l’a sorti de là. Sa noyade ne fut que passagère, et il a bénéficié de la gloire de la résurrection. C’est cet événement unique dans l’histoire du monde que nous fêtons au cours de cette célébration pascale. Nous nous l’approprions en renouvelant les promesses de notre baptême. Après le Vendredi saint vient la fête de Pâques. En elle nous pouvons puiser la force de Dieu qui vient au secours de toutes nos faiblesses, toutes nos craintes, nos peurs de témoigner et de nous engager dans notre foi.

Soyons solidaires dans la faiblesse, et vivons dans la conviction que la puissance de Dieu peut nous habiter tous et nous donner la force d’annoncer la joie de Pâques. Les femmes venues au tombeau ont été paralysées par la peur. Que cette peur se transforme pour nous en un enthousiasme sacré qui explose, qui rayonne à la face de nos contemporains, et qui leur manifeste que le monde est sauvé.

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