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Homélie : Ascension

Evangile Matthieu 28, 16-20

Homélie


Chaque fois que nous nous rassemblons en son Nom, nous proclamons hardiment la mort et la résurrection de Jésus, le Christ. Mais, c’est plus distraitement, semble-t-il, que nous confessons que le Ressuscité « est monté aux cieux », et qu’il « est assis à la droite du Père ». Oui, le mystère de l’Ascension qui constitue pourtant un article de notre credo retient à peine notre attention et semble guère inspiré notre foi, sans doute à cause des représentations enfantines et mythologiques auxquelles le récit de l’Ascension a donné lieu au long des siècles.

Il faut dire que dans la finale de son Evangile, St Luc pourrait bien donner raison au peu de cas que nous faisons de cet événement, dans la mesure où il le situe au jour même de la Résurrection et le décrit ainsi comme l’ultime apparition du Christ ressuscité à ses disciples. Son intention est manifestement d’exprimer dans un même mouvement l’unité, le dynamisme du mystère de Pâques : Jésus, le Fils de Dieu, qui s’est abaissé jusqu’à la mort, a été relevé, arraché à la mort, « Dieu l’a souverainement élevé et lui a conféré le Nom qui est au- dessus de tout nom afin que toute langue confesse que le Seigneur c’est Jésus Christ à la gloire de Dieu le Père » (Ph 2, 9-11)

Et cependant, le même St Luc, introduit le livre des Actes des Apôtres, dont il est l’auteur, par un second récit de l’Ascension qu’il situe 40 jours après la Résurrection, 40 jours pendant lesquels le Vivant « s’était fait voir à ses disciples et les avaient entretenus du Règne de Dieu » (Actes 1,3). Et c’est ainsi que se trouve déployé dans le temps, l’unique mystère de la mort, résurrection, exaltation de Jésus. Et voilà que la liturgie chrétienne, aux origines toute entière centrée sur le jour de Pâques et sur le dimanche, jour de la Résurrection, s’est progressivement développée, selon la chronologie de St Luc, pour en venir à solenniser, au 40° jour après Pâques, l’Ascension du Seigneur et le cinquantième jour, la Pentecôte, la venue de l’Esprit. Quarante jours donc, qui viennent prolonger l’évènement pascal, non sans faire penser aux 4O jours qui le précèdent dans la liturgie, le temps du carême où nous avons été appelés à faire mourir en nous l’homme ancien, avant de renaître à la nouveauté du Ressuscité. Donc une symétrie riche d’enseignement pour nous !

En effet, ce laps de temps revêt un caractère pédagogique. Il est destiné à permettre aux premiers témoins du Ressuscité d’entrer dans un nouveau mode de relation, au-delà de la mort, avec Celui qui fut leur maître et leur ami sur leurs chemins de Palestine. Il leur faut apprendre à croire en une présence, qui désormais, ne sera plus ni à voir ni à toucher : « Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru » (Jn 20, 29). Oui, il leur faut consentir à la disparition du Christ dans les signes qu’il leur donne de sa Présence : les paroles brûlantes qu’il confie à leur mémoire et à leur intelligence et le geste de la fraction du pain. Le Ressuscité désormais ne se manifeste aux yeux de la foi qu’en, se dérobant aux yeux de chair. Souvenez-vous des disciples d’Emmaüs : « Leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent… mais il avait disparu de devant leurs yeux ». (Lc 24,31).

En clair, les 4O jours du temps pascal que nous venons de vivre préparent ainsi le passage qui s’accomplit à l’Ascension, passer du temps du Christ au temps de l’Eglise. Car vous l’avez entendu dans l’évangile, c’est en enjoignant les apôtres d’aller par toutes les nations, de faire des disciples et de les baptiser au Nom du Père et du Fils et du St Esprit, que Jésus leur donne cette assurance : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ». (Mt 28,20) Autrement dit, la présence du Christ ressuscité leur est donnée en même temps que la mission que celui-ci leur confie, à savoir de faire don de sa présence au monde entier et d’édifier son corps visible qu’est l’Eglise.

Ceci dit, il n’en reste pas moins que l’Ascension marque le terme de ce que nous nommons une « présence », celle qui s’appréhende par les sens. Non seulement la divine nuée du ciel soustrait définitivement le Christ aux regards de ses disciples, mais, comme pour prévenir toute tentation de prolonger sa présence dans le ciel de leurs rêves, la prévenance de deux anges est là pour détourner leurs yeux de ce vide soudain : « Pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui vous a été enlevé pour le ciel viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel » (Actes 1,11).

C’est donc bien de départ qu’il s’agit. Et il faut l’Ascension pour que les disciples découvrent le sens de ce départ, non plus comme une disparition inéluctable, un abandon insupportable, mais comme une prise de distance, un mouvement de retrait qui, paradoxalement, le rend plus présent aux hommes que ne le permettait sa seule présence physique. A l’Ascension le Christ s’est donc retiré du monde visible pour faire aux siens le don d’une présence invisible. Et cet effacement est une bénédiction.

En effet, avons-nous suffisamment remarqué que le Ressuscité se sépare de ses disciples dans un geste de bénédiction ? « Or, comme il les bénissait, il se sépara d’eux et fut emporté eu ciel ». (Lc 24,51). Comme à la table de l’auberge d’Emmaüs, le Christ disparait à leurs regards dans un geste de bénédiction, c’est-à-dire en se donnant à eux, en se faisant « présent », toujours offert, présence divine à célébrer et à annoncer, corps eucharistique à partager, corps ecclésial à construire. Bref, l’aventure n’est pas terminée, le Ressuscité s’efface dans la Promesse du don de l’Esprit qui relancera son histoire parmi les hommes.

Aussi en cette fête de l’Ascension, je ne peux m’empêcher de penser à ce petit d’homme, de onze mois, qui s’essayait d’avancer vaille que vaille et qui s’agrippait prudemment aux mains de son papa. Il avançait péniblement, il était chancelant, il gardait son équilibre tant bien que mal… Et tout à coup, le papa retire ses mains et le petit enfant se met à gambader, tout seul, sans l’aide de quiconque, comme un grand.

Eh bien Seigneur, à l’Ascension tu t’éloignes, tu sembles nous quitter, mais c’est pour mieux nous confier dans le souffle de ton Esprit les chantiers du monde. Alors pourquoi resterions-nous là à regarder le ciel ? Tu nous demandes plutôt, à nous tes nouveaux disciples : où vous situez-vous ? Avec ceux pour qui la terre est tout et le ciel n’est rien ? Avec ceux pour qui la terre n’est rien et le ciel est tout ? Ou avec ceux pour qui le ciel est déjà présent sur la terre, avec ceux qui cherchent à y faire germer l’Evangile ? Allez que vienne l’Esprit de Pentecôte et dans l’attente, belle et sainte fête de l’Ascension !



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