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Homélie du dimanche 26 mai

En ce dimanche de la Trinité, je ne doute pas que bon nombre d’entre vous souhaiteraient en savoir plus sur ce point central de notre foi. Rien qu’à la prononciation du mot « Trinité », nous entendons quelque chose de grand, de très grand… et de très compliqué. Cette homélie ne sera pas une méthode Assimil : « la Trinité sans peine » et encore moins « la Trinité pour les nuls » tout d’abord parce que ni vous ni moi ne sommes nuls mais surtout parce ce que croire que l’on peut résumer Dieu à quelques formules serait se tromper lourdement sur son compte : on ne peut pas enfermer Dieu dans une boîte ! Aussi, je ne vous propose pas d’expliquer mais d’entrer dans le mystère : passons d’une formule abstraite à une expérience ; passons de la notion à la réalité de la Trinité.

Nous avons tous en mémoire le récit où Dieu révèle son nom à Moïse au Sinaï. Souvenez-vous, cet épisode fait suite à l’idolâtrie du veau d’or où les hébreux en difficulté dans le désert, qui – certes – avaient vu les hauts faits de Dieu en sortant d’Égypte en traversant la mer Rouge, se trouvaient là dans une crise de confiance et se demandaient : mais quel est notre Dieu ? Sans doute lassés de la durée de leur exode, ils ont fabriqué leur propre dieu : un dieu à leur mesure, à leur taille et qu’ils pourraient manipuler facilement : le veau d’or. Nous aussi, frères et sœurs, nous adorons nos veaux d’or ! Et nous nous arrangeons parfois bien d’une religion domestiquée avec un dieu muet comme un veau et qui exigerait de nous le moins possible. En fait, les hébreux n’acceptaient pas de ne pas comprendre, de dépendre d’un insaisissable, d’être les sujets de celui qui parle dans la nuée. Mais Dieu n’est pas un veau ! Il n’est pas de notre fabrication : il nous précède, il nous dépasse, il nous entoure de son mystère et nous appelle à l’infini. L’idole – si matérielle – n’est qu’une fiction que nous fabriquons. Le vrai Dieu, le Dieu Trinité, dans sa transcendance, ne peut être de notre création. Au désert, il se manifeste dans la nuée. L’encens de notre liturgie nous le rappelle. Quand le prêtre force la dose dans l’encensoir, il arrive qu’on ne voie plus rien à l’ambon ou sur l’autel : à la bonne heure ! Comme pendant l’Exode, la nuée est le signe que Dieu est présent. Nous ne pouvons le saisir du regard, il se laisse entendre, mais non pas voir face à face. Dans un des récits du livre de l’Exode Moïse a la grâce de ne voir Dieu que de dos, mais non face à face : il n’aurait pas pu supporter son éclat. « Adorez le Seigneur, éblouissant de sainteté ». Le psaume 24 nous le dit, Dieu est éblouissant ! Oui, c’est par son excès de lumière, non

par manque, que le mystère de Dieu nous éblouit au point de nous paraître obscure. Il en est ainsi avec le dogme de la Ste Trinité. Nous marchons ici-bas non pas dans la claire vision, mais dans le brouillard, à tâtons, simplement guidés par la voix du vrai Dieu. La foi n’est pas faite d’un ensemble de notions à savoir ou à manipuler, mais par ces notions, elle nous invite à une aventure bien réelle : celle de notre rencontre avec le vrai Dieu, le Dieu Trinité, insaisissable et qui nous intrigue ! La Trinité est une affaire d’expérience.

Le mystère de Dieu, ce mystère d’amour n’existe que parce qu’il se donne, se reçoit et se partage. La Trinité n’est donc pas seulement un beau concept théologique à sonder, ni même à contempler, mais un mystère qui nous concerne personnellement, un mystère à vivre. D’autant plus lorsque nous sommes baptisés, car le jour de notre baptême « au nom du Père, du Fils et du St Esprit », nous avons reçu le sceau de la Trinité qui depuis, repose dans notre cœur profond : Dieu en nous ! Notre originalité de chrétiens, notre vocation de chrétiens, est d’être marqués de ce mystère trinitaire et d’en être le signe pour ce monde.

Nous avons été baptisés et chaque fois que nous traçons sur nous le signe de la croix nous nous replongeons en quelque sorte dans notre baptême, dans notre consécration à l’amour de Dieu, et nous nous redisons que tout dans le monde à son origine et son but dans ce « Nom du Père, du Fils et du St Esprit ». En traçant sur nous le signe de la Croix, qui nous marque de la tête aux pieds, nous ne nous mettons pas à part : nous redisons la consécration de toute chose, la vocation de toute chose, nous exprimons le sens de ce monde et sa vocation profonde :-

– – Au Nom du Père, qui est la tête, le commencement, la source, l’origine de toutes choses. Lui en qui tout commence et recommence à neuf. Lui, le Créateur, toujours en train de recréer toute chose.

– Et du Fils en notre cœur. Dieu en nous, Dieu parmi nous, Dieu avec nous, Dieu pour nous. Jésus, cœur de Dieu incarné en notre chair, en nos gestes, en nos paroles.

– Et du St Esprit, qui nous recouvre tout entiers, d’une épaule à l’autre et de la tête aux pieds, lui dont la présence discrète féconde jusqu’aux extrémités du monde afin que le Christ achève d’y prendre corps et que le nom du Père soit enfin universellement sanctifié.

« Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptise- les au nom du Père, et du Fils, et du St Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » AMEN

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