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Homélie du dimanche 2 juin

La messe s’achève. La communion vient de se terminer et pourtant c’est là que la communion commence, témoigne un prêtre de Paris, théologien, le P. Jean-Noël Bezançon dans un de ses livres intitulé La messe de tout le monde.

Et de poursuivre : « c’est pour moi l’un des moments les plus forts de la célébration eucharistique. Nous avons mangé ensemble le Pain de la Parole. Nous venons de manger le Pain de la vie. Désormais, je ne suis pas seul : en face de moi, ces visages graves, dont beaucoup me sont familiers, donnent corps eux aussi à cette communion. Leur silence habite mes mots, leur prière porte ma prière, leur présence atteste elle aussi que Tu es là. Ils font partie du sacrement. »

Belle méditation sur la messe comme communion qui prolonge en le dépassant le moment même de la communion eucharistique.

Quel dommage alors que nos eucharisties, lieux de cette communion, soient aujourd’hui encore des lieux de division.

Entre ceux pour qui la messe est le cœur vivant de leur vie chrétienne, et ceux qui, se déclarant croyants non pratiquants, n’y mettent plus les pieds. Entre ceux qui ne jurent que par le chant grégorien et ceux qui ne se sentent bien que les bras levés à chanter la pop-louange, ceux qui se sentent exclus ou étranger du repas eucharistique, sans parler de ceux qui prétendent redécouvrir la sacralité de la messe en assistant au rite antique du Concile de Trente…

De la messe de toujours à la messe de tout le monde, l’eucharistie est-elle encore un sacrement de communion qui fait l’Eglise ?

Si aujourd’hui la messe fait débat, c’est sans doute en raison de la difficulté à percevoir la source originelle qui donne sens à ce sacrement. Un sacrement qui, il faut le reconnaître, prend sa source dans une violence, une violence qui divise.

Voyez combien dans les lectures de ce jour, il y a du sang partout : du sang sur l’autel et du sang sur le peuple (1re lecture), du sang animal et du sang humain (2e lecture), du sang versé et du sang appelé à être bu au cours d’un repas, celui de la dernière cène (évangile).

En agissant ainsi avec ses disciples, Jésus accomplit un geste rituel bien connu des juifs. Comme le père de famille qui préside le repas, il prend du pain et adresse à Dieu une grande prière de louange et de remerciement pour les dons reçus de lui. La bénédiction juive, à la source de la messe catholique, loin d’être une parole furtive, est un acte solennel par lequel les fils d’Israël rendent grâce à Dieu de leur avoir donné la vie, et de la leur redonner encore.

Une fois prononcée la parole, Jésus rompt le pain et le partage en en distribuant une bouchée à chaque convive en disant : « prenez, ceci est mon corps ».

Dans la langue de Jésus, l’araméen, le mot « corps » ne désigne pas la chair humaine, mais bien la personne tout entière. Jésus annonce par là que sa personne est déjà livrée à la mort, et il nous invite à communier à cela.

La signification de ce don de vie inouïe s’éclaire par le geste et la parole sur la coupe : « ceci est mon sang, le sang de l’alliance répandu pour la multitude ».

L’expression « mon sang » en langue sémitique signifie ma vie.

En prenant le pain consacré, les disciples ne mangent pas de la chair humaine. En buvant du vin consacré, ils ne boivent pas davantage du sang humain. Ils ne sont pas anthropophages comme on a reproché autrefois aux chrétiens de l’être. Ils communient à la personne du Christ qui s’apprête à livrer sa vie sur la croix.

Reconnaissons que nous sommes bien loin de la chosification que l’on entretient souvent dans les adorations eucharistiques.

Pour preuve, les paroles qui suivent explicitent le sens que Jésus a donné à sa mort. Son sang versé est « le sang de l’alliance » en mémoire de l’alliance conclue par Dieu avec son peuple Israël.

Au Sinaï, après avoir lu les paroles transmises par Dieu aux fils d’Israël, Moïse scelle cette alliance dans le sang de jeunes taureaux immolés.

Au cénacle, Jésus scelle la nouvelle alliance entre Dieu et l’humanité en donnant à sa mort prochaine une portée vitale universelle. Il offre non pas le sang d’animaux sacrifiés mais celui de sa personne, donc sa vie en communion pour sauver le monde en le rassemblant.

Par l’offrande de son corps et de son sang, Jésus ouvre une perspective heureuse. Par-delà la mort annoncée, il annonce la victoire d’une vie, la sienne. Il promet une espérance à venir, celle du banquet de la fin des temps qui doit rassasier la faim et la soif des hommes et des femmes de tous les temps.

La messe, repas d’alliance par excellence, n’a pas grand-chose à voir avec l’obscur cérémonial qui se cacherait derrière des rites qui nous échappent. Célébrer aujourd’hui la fête du corps et du sang du Christ nous donne de mieux découvrir dans la messe le don d’un Dieu qui n’a rien à cacher dans l’ombre d’un sacré énigmatique mais qui se dévoile en se donnant.

Car ce Dieu qui se dévoile dans la Parole et dans le Pain et le vin consacrés est celui-là même qui s’est livré une fois pour toutes dans une Parole incarnée, Jésus le Christ. Il est un Dieu qui se présente non pas masqué et lointain, mais dévoilé et agissant dans les paroles et les gestes d’un homme qui a passé sa vie à la donner pour que nous la donnions à notre tour.

Que cette fête du corps et du sang du Christ nous offre de mieux savourer, pour mieux en rendre grâce, ce sacrement que l’Esprit nous donne ainsi de célébrer ensemble : une alliance de vie avec Dieu, une communion de foi entre nous capable de dépasser nos divisions idéologiques et nos querelles liturgiques.

Que l’Esprit entretienne vif en nous ce désir vital de communion, parce que nous le croyons, ce désir-là vaut bien une messe. Amen. 


Homélie du père Bertrand Pinçon

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