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Homélie du dimanche 25 janvier 2026.

  • 28 janv.
  • 5 min de lecture

Dimanche 2 TOA.

Evangile Matthieu 4, 12-23.


Quand il apprend l’arrestation de Jean, Jésus ne se replie pas sur lui-même.

Il se retire en Galilée. Pas pour se réfugier au pays de son enfance. « Il quitte Nazareth », nous dit saint Matthieu. Il ne retourne pas chez les siens. Il sort de sa zone de confort et débarque à Capharnaüm, dont il va faire le camp de base de sa prédication.

Ce choix n’a rien d’anodin. Situé sur la route du commerce reliant l’Egypte à la Syrie, ce port de pêche sur les rives du lac de Tibériade est une ville frontière, avec un bureau de douane et une garnison romaine. Un lieu de passage et de brassage. Le sacré bazar qui y règne – d’où notre expression « quel capharnaüm ! » lui vaut d’être méprisé par les juifs pieux de Judée. Mais pas par Jésus.

En effet, ce n’est pas un hasard, si c’est dans cette contrée marginale, à demi-païenne, que Jésus a surgi, et qu’il a commencé sa mission. En choisissant d’habiter non pas à Jérusalem, la Ville sainte, mais à Capharnaüm, dans cette « Galilée des nations » rejetée et humiliée, dans cette périphérie de mauvaise réputation, Jésus accomplit l’une des prophéties d’Isaïe, celle que nous lisons à Noël : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. Tu as prodigué la joie… » (Isaïe 9, 1-2).

En venant habiter à Capharnaüm, ville située au bord de la mer de Galilée, Jésus vient apporter le réconfort et la consolation aux brebis perdues de la maison d’Israël et à tous ceux et celles, juifs et païens, qui voudront bien écouter sa Parole. Consoler, telle est bien sa mission, ce pour quoi le Père l’a envoyé dans le monde. D’ailleurs, Caphanaüm, Kfar Nahum en hébreux, signifie précisément le village de la consolation ou de la compassion.

Et c’est là aussi, à Capharnaüm, que Jésus appelle ses premiers disciples. Il voit André et Simon, puis Jacques et Jean. Il admire sûrement leur compétence, dans leur métier de pêcheurs de poissons. Il voit aussi ce monde autour d’eux, ces hommes, ces femmes qui attendent, qui ont faim et soif de la Parole, qui cherchent un sens à leur vie. Alors, l’urgence l’étreint : « Laissez là, vos barques, vos filets, votre père ! Moi, je vous ferai pêcheurs d’hommes. »

Pêcheurs d’hommes : dans la Bible, quand on parle de filets, il s’agit habituellement de pièges, auxquels il faut échapper. Comme les filets de l’oiseleur. Mais Jésus n’a pas dit : « Je vous ferai chasseurs », même si parfois certaines méthodes d’évangélisation pourraient le faire penser. Non, « pêcheurs d’hommes », il ne laissera pas l’humanité s’engloutir, se noyer. Impressionné par tous ceux qui ont du mal à s’en sortir, Jésus les envoie, et nous envoie avec eux aujourd’hui, pour que nous soyons son regard, sa compassion, la main qu’il tend. « Je vous ferai pêcheurs d’hommes ! » Et pas seulement pour les sortir de l’eau, mais comme au baptême, sortir de l’eau, ressusciter, pour tomber dans les bras du Père.

Le filet, ici, c’est plutôt l’image du rassemblement. Jésus nous embauche et nous envoie pour rassembler, pas seulement pour repêcher. Voyant Simon, son frère et ses collègues pêcher sur le lac et ramener dans leurs filets toutes sortes de poissons, Jésus pense spontanément à ce grand rassemblement de l’humanité qu’il est venu inaugurer. Ils seront douze à être ainsi appelés à s’embarquer avec lui. Symbole tout à la fois d’universalité et d’unité.

Eh bien, en ce dimanche, dernier jour de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, comment ne pas méditer sur cette unité qui est beaucoup plus qu’une question de bonne entente ou d’image médiatique, nos divisions faisant mauvais effet. Non, saint Paul nous le dit : déchirer l’Eglise, c’est diviser le Christ. Une Eglise divisée n’est plus l’image, l’icône de la communion divine, elle contredit le Dieu qu’elle prétend annoncer. Une Eglise divisée ne répond plus à sa vocation d’être le signe, la préfiguration de ce monde réconcilié qui est le projet de Dieu.

Cet Evangile le souligne : les premiers appelés sont deux fois deux frères. Rien d’étonnant en cela, si l’Eglise qu’ils ont à construire est d’abord une communauté fraternelle. « Les frères », c’est un des premiers noms que se sont donnés les chrétiens. Or, nous le constatons tous les jours, cette fraternité, cette unité, ne vont pas de soi. Et dès l’origine : « Moi je suis pour Paul, moi je suis catholique et j’appartiens à Pierre. Et moi je suis à Apollos », disaient déjà comme nous les Corinthiens. Paul s’en scandalise. Et le plus difficile, sans doute, ce ne sont pas les grands schismes historiques, les ruptures entre catholiques, orthodoxes et protestants. Là, nous ne sommes que des héritiers, nous n’en sommes pas responsables : il nous appartient plutôt de nous mobiliser pour rapprocher nos traditions différentes. Plus douloureuses certainement sont les déchirures d’aujourd’hui, lorsque de nouvelles ruptures se produisent, en particulier entre différents courants du catholicisme. Nous sommes alors plus directement concernés, nous qui savons si bien fusiller des frères avec toutes sortes de mots en « isme », parce qu’ils prient différemment ou qu’ils expriment leur foi autrement. Et même à l’intérieur de chacune de nos communautés, de nos paroisses, bien des tensions apparaissent : divergences sur la liturgie, sur l’apostolat, parfois envenimées par des rivalités de personnes, y compris, il faut bien le reconnaître, parmi les prêtres.

Or, quelles que soient ces tensions, ces divisions, entre confessions chrétiennes, entre courants internes au catholicisme, ou entre membres d’une même communauté, l’unité ne peut venir que de notre conversion, elle ne peut être qu’un don du St Esprit à quémander dans notre prière. Notre unité ne peut venir que de notre mission : allons ensemble vers la Galilée d’aujourd’hui, notre monde tel qu’il est, à la fois riche de tant de créativité, d’enthousiasmes, de solidarités, et blessé de tant de violences, de haines, d’incompréhensions. Ce n’est pas en nous crispant sur nos problèmes internes et nos contentieux médiévaux que nous marcherons vers l’unité des chrétiens, mais en nous souciant ensemble, au nom de Dieu, de notre monde à aimer. Et déjà là où nous sommes, dans le capharnaüm de nos villes, dans nos quartiers.

Nous nous disons « catholiques ». C’est un mot magnifique. Etre catholiques, c’est notre façon à nous d’être chrétiens. Comme d’autres sont chrétiens dans les traditions orthodoxes, ou anglicane ou réformée. Mais ne donnons pas à ce titre « catholique » un sens trop étroit, presque sectaire, dans une sorte de fierté pharisienne de n’être pas comme les autres. Etre catholique, au sens originel, au sens du Credo, c’est être universel. Devenons donc vraiment catholiques, c’est-à-dire ouverts à tous nos frères chrétiens et à tous les hommes, quelles que soient leurs sensibilités, leurs appartenances religieuses ou même leur refus de toute religion, tous ces compagnons d’humanité, avec lesquels nous devons faire advenir, dans cette Galilée aux diversités surprenantes, ce royaume de frères inauguré en Jésus le Christ, le Fils unique de notre unique Père.

Alors, « convertissons-nous », le Royaume de vie est tout proche. Il n’attend plus que nous pour que sur tout homme se lève son jour. Amen !


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