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Homélie du Dimanche 18 Février 2024


Célébration entrée en catéchuménat


Evangile Marc 1, 12-25


Cela suffit ! C’est ça qu’il dit, Dieu, quand il dessine au milieu des nuages un arc en ciel. Un signe tendu entre le ciel et la terre, pour dire que c’en est assez, qu’il faut en finir avec la mort : place à la vie et aux générations à venir ; c’en est assez de ce déluge, des destructions et des ravages, dit Dieu ! Et comme on aimerait aujourd’hui que l’arc en ciel paraisse dans le ciel sombre de notre monde, pour que l’homme aussi se souvienne, lui aussi, et qu’il baisse les armes. Oui, dit Dieu, c’en est assez, trop de haine, d’exclusion, de discriminations, de barrières, j’établis mon alliance, et c’est une alliance de vie.


Et le court passage de l’évangile de Marc nous livre le même message. Désert, solitude, tentation, et ce temps qui ne passe pas, car c’est long quarante jours, et même un seul jour d’ailleurs le serait, quand on a faim, ou soif, quand on est seul, ou quand on souffre ou qu’on a peur… Alors soudain, Jésus se lève, il quitte l’endroit, et c’est une manière de dire : ça suffit ! Oui, ça suffit, tout cela : la peur, la solitude, la faim, le mal, les arrestations arbitraires … Au diable le prince des esprits mauvais ! Place à la Bonne nouvelle !

Place à la Bonne Nouvelle, mais n’est-ce pas l’appel qui nous a été adressé mercredi dernier avec le geste de l’imposition des cendres ?  « Convertissez-vous et croyez à l’Evangile ». Oui, place à la Bonne Nouvelle dans votre vie. Et la Bonne Nouvelle, c’est Jésus lui-même, vainqueur des forces de la mort, le fils bien aimé du Père et notre frère ; Jésus comme le nouvel arc en ciel, trait d’union jeté entre le ciel et la terre, alliance éternelle scellée dans son corps et dans son sang dont nous faisons mémoire en cette eucharistie. Cette alliance d’amour elle est pour tous, et entrer dans cette alliance, cela s’appelle se convertir !


« Convertissez-vous ! » dit Jésus. Et évidemment nous aimerions nous arracher à notre péché, nous libérer de nos addictions, et on est prêt, en ce début de carême, à accumuler efforts sur efforts et sacrifices sur sacrifices pour signifier notre bonne volonté… Mais le carême n’est pas le temps de l’obsession des péchés qui nous encombrent et nos carêmes risquent bien de se fatiguer à force de se morfondre dans des privations stériles. Non, ça suffit ! C’est assez ! Le carême est un temps pour se tourner vers Dieu. Laisse la vie entrer en toi ! Fais un pas en avant ! Juste un pas vers ce Dieu qui vient à ta rencontre, vivant, traversant la mort pour te faire passer dans la vie. Rien qu’un pas ; et ce n’est pas n’importe quel pas, dit l’apôtre Pierre, puisque c’est un pas qui nous entraine « dans la résurrection de Jésus Christ » .


Aussi en ce début de carême, alors que certains se préparent au baptême qu’ils recevront dans la nuit de Pâques, est-ce que nous y croyons ? Est-ce que cela nous semble possible, là maintenant, dès aujourd’hui, de faire ce pas vers Dieu ?

Souvenons-nous que dans l’Eglise primitive, la période du Carême correspondait à la dernière phase de préparation des catéchumènes qui devaient recevoir le baptême durant la nuit pascale. L’évêque expliquait longuement aux futurs baptisés le sens de cette célébration. Sans doute est-ce pour cette raison que la liturgie nous invite aujourd’hui à méditer sur notre baptême. « Etre baptisé, ce n’est pas être purifié de nos souillures extérieures, mais s’engager envers Dieu avec une conscience droite. »

Cette remarque de l’Apôtre Pierre coupe court à toute conception magique ou superficielle du sacrement. Le baptême ne consiste pas seulement en un bain purificateur dans lequel le croyant est plongé à un moment donné, il est aussi une alliance dans laquelle et le Christ et le baptisé sont engagés. Le Christ y réconcilie l’homme avec Dieu par le don de sa vie jusqu’à l’extrême, jusque dans sa mort et une mort sur la croix. Le baptisé lui répond à cette expression de l’amour de Dieu en empruntant effectivement le chemin de conversion que lui propose l’Evangile.


Et c’est ainsi que le sacrement du baptême est source de vie et de vie en abondance, de vie éternelle, parce qu’il engage le chrétien à vivre de la vie même du Dieu Vivant. En accueillant la grâce baptismale, le baptisé consent à se laisser pousser par l’Esprit. Il accepte de bouger, de se bouger, de se laisser déplacer pour agir, non pas sa volonté propre, mais selon la volonté de Dieu. Cette manière de faire n’est pas nécessairement la plus rapide, elle prend le temps du discernement. Elle n’épargne pas non plus les difficultés, mais elle donne de les vivre dans la force de l’Esprit. Elle aguerrit le baptisé, elle l’entraîne au beau combat de l’amour, afin qu’il participe lui aussi à la victoire définitive du Christ ressuscité sur le péché et la mort.


Et bien vous les catéchumènes, ce temps de carême vous fait déjà la grâce de découvrir et d’accueillir de quel amour les hommes sont aimés, car le carême est vraiment un temps de conversion, un temps pour se tourner vers Dieu, et alors ça, ça change la vie, notre cœur et notre existence, tout se dilate et respire. Et pour nous tous les baptisés, en ce début de carême, l’évangile de ce dimanche nous dit que les bêtes sauvages vivent en harmonie avec les anges. Cela signifie que la vie nouvelle est déjà commencée avec Jésus et en Jésus. Il est le nouvel Adam auquel nous avons à nous laisser configurer, non sans combat intérieur, spirituel pour nous libérer de tout ce qui en nous et autour de nous abîme, met à mal l’image de Dieu inscrite au plus profond de nos cœurs. Alors à la suite de Jésus, sans plus attendre, laissons-nous pousser par l’Esprit au désert, ces 4O jours durant, pour dire avec Dieu, « ça suffit » à tout ce qui dégrade l’homme, le défigure et l’asservit, pour faire signe de son Alliance indélébile, irrévocable, éternelle, avec les hommes et les femmes de notre temps qui aspirent comme nous à vivre et à vivre pleinement.


P. Patrick Rollin.

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