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Homélie du 22 Janvier 2023

Dimanche 22 janvier 2023 – 3ème dimanche du temps ordinaire

Isaïe 8, 23b – 9, 3 ; Psaume 26 (27) – 1 Corinthiens 1, 10-13. 17 – Matthieu 4, 12-23


Je ne sais pas si vous connaissez le proverbe « Quand on tend le doigt pour lui montrer la lune, l’imbécile regarde le doigt » ? Ce proverbe pourrait s’appliquer à ces imbéciles de Corinthiens qui vivaient entre eux des divisions et des rivalités. Car l’Evangile leur avait été prêché par Paul et par Apollos. Ils savaient aussi que Pierre était un prédicateur important, bien qu’il ne soit pas venu à Corinthe. Et, au lieu de s’attacher au Christ que les apôtres leur prêchaient, ils s’attachaient à la personne des apôtres, en choisissant celui qui correspondait le mieux à leur sensibilité.

Pour éviter au maximum cette déviance, et pour éviter que des gens ne s’attachent à lui plutôt qu’au Christ, Paul a lui-même peu baptisé à Corinthe. Trois versets ont été sautés dans le découpage liturgique – ce qui ne manque pas de piquant alors qu’on célèbre le Dimanche de la Parole de Dieu ! Leur intérêt est que Paul y nomme les quelques personnes qu’il a baptisées lui-même : Crispus et Caïus, ainsi que la famille de Stéphanas, « prémices de l’Achaïe » (1 Co 16, 15-17), c’est-à-dire la première famille qui a adhéré au Christ lorsque Paul évangélisa Corinthe. Paul est convaincu que l’évangélisateur chrétien doit s’effacer devant Celui qu’il annonce. Il choisit pour lui-même un chemin d’humilité.

Comme le centre de son message est la Croix, un horrible instrument de supplice inventé par les Parthes et adopté par les Romains, il n’y a pas lieu de fanfaronner. L’évangélisateur doit vivre lui-même une sorte de mort à la brillance, au prestige, à tout ce qui pourrait contribuer à le mettre en valeur.

Ces réflexions peuvent nous sembler loin du texte de l’évangile de ce jour, mais il n’en est rien. La page de l’évangile d’aujourd’hui montre que Jésus a également choisi un chemin d’humilité, ce qui est inattendu pour le Messie d’Israël.

S’il s’était fondé sur la hauteur de sa mission et de sa fonction, il aurait dû commencer sa prédication à Jérusalem, en haut lieu, là où les gens pieux affluaient au Temple. Non, il a choisi Capharnaüm, une obscure bourgade de Galilée.

La Galilée des nations, comme l’appelle le prophète Isaïe cité par Matthieu, est une terre de collines et non de montagnes, avec aucune ville remarquable ; une terre de passage, où de nombreux païens côtoyaient les Juifs. Cette région juive avait été momentanément conquise, en 732 avant notre ère, par les Assyriens qui y avaient fait quelques dégâts. Mais Isaïe avait annoncé son relèvement, et une ère lumineuse pour succéder à une période de ténèbres.

Dans cette province manquant de noblesse et de prestige, Jésus n’a pas choisi de s’entourer de sages et de savants. Ses premiers disciples ont été quatre artisans pêcheurs du lac de Tibériade, appelée par Matthieu « mer de Galilée ».

Pierre et André, Jacques et Jean, étaient des gens peu instruits, sans doute peu éloquents, et également des gens fragiles : on s’en rendra compte lorsque Pierre reniera son maître, au moment tragique de la Passion. C’est à eux que Jésus s’est adressé pour l’accompagner dans sa prédication.


Ainsi, tant l’attitude de Paul que celle de Jésus nous interrogent lorsque nous essayons de témoigner de notre foi, en particulier lorsqu’on est prêtre ou religieux.

Le risque qu’un chrétien s’attache plutôt à la personne d’un responsable ecclésial plutôt qu’a la personne du Christ est réel. On l’a bien vu dans les affaires d’emprise, qui ont conduit, dans les cas extrêmes, à la pédo-criminalité.

Je vous rappelle à ce propos une anecdote humoristique mais pleine de bon sens. A la fin d’une messe, une dame aborde le prêtre qui avait prononcé l’homélie et lui dit : « Oh, mon père, comme vous avez bien prêché ! » - « Je sais, Madame, répond le prêtre. » Etonnement de la dame ! Et le prêtre poursuit : « Oui, je sais. Satan me l’avait déjà dit ! »

Ne tombons pas dans ce genre de travers, quelles que soient nos fonctions dans l’Eglise. Effaçons-nous devant le message dont nous sommes porteurs, comme Paul ; choisissons des chemins d’humilité et des compagnons modestes, comme Jésus. L’Evangile s’en portera bien, et nous également !

Homélie du P. Michel Quesnel


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