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Homélie : Dimanche 27 Novembre 2022. 1er dimanche de l'Avant

Evangile Mt 24,37-44

Mes amis, qu’est-ce que l’Avent ? L’avent fait partie de ces drôles de mots qui existent dans le jargon chrétien et qu’on emploie généralement sans se demander ce qu’ils veulent dire au juste. Alors si je vous réponds, l’Avent ? Ce sont les quatre semaines qui préparent Noël, vous me direz et bien oui, merci… mais ça veut dire quoi Avent ?

Avent c’est un mot qui vient du latin « Adventus », ce qui va venir ou plutôt Celui qui va venir. Donc l’Avent c’est cette période durant laquelle on se prépare à la venue de quelque chose ou de quelqu’un. Comprenez-moi bien, vous savez que ce qui va venir c’est Jésus mais si je vous dis que l’Avent c’est la période pendant laquelle on se préparer à la venue de Jésus et si on connait déjà Jésus, cela veut dire qu’on n’attend rien. Il n’y a pas de surprise, un peu comme ces cadeaux dont vous connaissez déjà le contenu. Alors vous faites semblant de vous réjouir. Oh, la belle surprise…

Non, l’Avent c’est la période pendant laquelle nous attendons ou nous essayons de nous préparer à l’arrivée de quelque chose ou de quelqu’un qui est nouveau, qui est inattendu. Donc, l’Avent, c’est l’imprévu, c’est l’arrivée de Celui qui vient avec un trait d’union comme un voleur dans la nuit comme le dit l’évangile de ce dimanche. L’Avent c’est l’aventure, même mot, même sens, même racine.

Bon, nous n’aimons pas beaucoup l’aventure, nous n’aimons pas beaucoup dans notre vie spirituelle l’aventure. Nous disons que nous l’aimons mais nous avons la peur de l’inconnu, la peur de ce qui surgit. Or, l’Avent, c’est précisément ce temps pendant lequel nous essayons de nous tenir prêt à l’inattendu, à l’inattendu de Dieu dans la vie du monde, dans la vie des autres et dans la nôtre. Bref autant dire que l’Avent, c’est le moment, le bon moment pour nous rendre disponible à la proximité de Celui qui vient planter sa tente au cœur de nos vies, le Dieu Vivant.

C’est vrai, dans notre vie surviennent des événements prévisibles que nous attendons, mais aussi d’autres, imprévisibles et inattendus, heureux ou malheureux. Comme au temps de Noé les choses nous surprennent, alors que peut-être déjà elles étaient en gestation en nous, autour de nous. Elles arrivent à l’heure où nous n’y pensions pas, alors que d’autres préoccupations mobilisaient nos énergies. Faute de vigilance nous n’avons pas vu venir…Oui, « Le jour du Seigneur viendra comme un voleur », prévient Jésus.

Avec le temps de l’Avent qui s’ouvre ce dimanche, nous sommes donc appelés à redoubler de vigilance. Notre temps ressemble en effet étrangement au temps de Noé qui vivait dans une génération insouciante où les activités du quotidien, boire, manger, se marier, consommer occupaient toutes les préoccupations. Personne ne semblait avoir fait cas de Noé et de sa manière différente d’anticiper les changements radicaux survenant dans le monde. Noé était un véritable « lanceur d’alerte », il avait non seulement vu ce qui se tramait mais il secouait l’opinion et réveillait les consciences.

« Frères » nous dit Saint Paul, « c’est le moment, l’heure est venue de sortir de votre sommeil ». Et Jésus de lancer : « veillez donc », « tenez-vous prêts » !

Si le « lanceur d’alerte » est aux aguets c’est, avant tout, parce que pris dans la routine du quotidien, nos esprits, souvent s’engourdissent, s’assoupissent. La survie de l’humanité est en jeu et on ne se doute de rien ! Et Jésus de nous comparer au maître d’une maison – nous pourrions penser à « notre maison commune » pour reprendre l’expression du Pape François. Et ce maître, par manque de vigilance, laisse entrer les voleurs, les malhonnêtes comme dit Paul, qui agissent – précisément – dans l’ombre et profitent de notre sommeil pour saccager et piller notre belle maison.

Le disciple, l’ami de Jésus, lui, demeure éveillé et vigilant pour débusquer et dénoncer toutes les injustices – et Paul appelle vigoureusement à « rejeter les œuvres des ténèbres ». Mais si le disciple de Jésus reste en alerte c’est, d’abord, parce que son attention est toute entière mobilisée pour discerner, déceler au cœur des événements du monde une lumière, une présence, celle du Christ ressuscité, le Fils de l’homme qui vient. La finale de l’évangile dit littéralement : « soyez prêts et veillez… c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le fils de l’homme viendra ».

Sœur Emmanuelle, la chiffonnière du Caire, aimait répéter cette phrase : “Fends le cœur de l’homme, tu y trouveras un soleil !” Pour chercher et trouver le soleil, attendre son lever, de pied ferme ; l’attendre au cœur de ceux et celles qui nous entourent, dans nos lieux de vie ou de travail, au cœur des situations les plus sombres et des impasses les plus grandes comme nous en connaissons tant aujourd’hui, il faut beaucoup de perspicacité et de sens de l’espérance ; davantage encore que pour dénoncer ce qui est ténébreux, laid ou cruel. C’est à cela que nous sommes appelés. C’est cela qui sauvera le monde.

Paul nous dit : « revêtez-vous des armes de la lumière » et il précise « revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ ». Etre des chercheurs et des promoteurs de lumière dans toutes les réalités de la vie suppose que nous soyons nous-mêmes, d’abord, revêtus de la lumière qu’est le Christ et de ses armes de justice et de paix. Alors nous participerons, à notre place, au rêve de Dieu – rêve de paix – si bien exprimé par le prophète Isaïe : qu’un jour les épées et les lances soient converties en socs de charrues et en faucilles, que toutes les armes de guerre produites pour détruire l’humanité soient transformés en instruments destinés à nourrir et à faire grandir la terre et ceux qui l’habitent.

Alors pour vivre ce temps de l’Avent comme un temps de grâce qui nous ouvre à l’inattendu de Dieu dans nos vies, je vous propose deux pistes : lorsque nous nous habillerons le matin, de le faire consciemment et de nous revêtir en même temps du Seigneur Jésus-Christ : de passer la montre de sa patience, le pull de sa douceur, la robe de sa joie, les chaussures de son espérance. Nous serons alors prêts à lancer l’alerte dès que nous verrons, quelque part, en toute situation probable ou improbable, poindre une aube quelle que soit la profondeur de la nuit. Et la deuxième : prendre alors soin, le soir, seul ou en famille, de noter une chose, une étincelle de cette divine lumière perçue dans la journée. Et à coup sûr, le jour de Noël, dans quatre semaines, toutes ces étincelles formeront une belle lumière, celle du Christ né il y a plus de 2OOO ans, la lumière invaincue du Ressuscité, notre vrai solstice d’hiver.

Allez « tenez-vous donc prêts, c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’Homme viendra. » Bon Avent à vous tous !

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