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Homélie de la Pentecôte

   « Pourquoi restez-vous ainsi le nez en l’air ? C’est ici que cela se passe ! » Souvenez-vous, au soir de l’Ascension, les disciples de Jésus sont fermement invités à atterrir : c’est sur la terre des hommes qu’il leur faut semer la Parole de Dieu.

    Jésus les aurait-il quittés ? Non, « Moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » leur avait-il promis (Mt 28,20). Mais de quelle façon ? Des consignes ? Un livre ? Jésus n’a rien figé, rien n’écrit. Un successeur ? Aucun apôtre, pas même Pierre n’est successeur de Jésus. C’est toute l’Eglise, en corps constitué, qui est désormais sa Présence, sa Parole, ses gestes. L’Eglise, une assemblée d’hommes et de femmes, fragiles, inconsistants, à la fois saints et pécheurs, pas toujours très fiables mais croyants. L’Eglise, les croyants, ce n’est pas leur bonne volonté ni leur génie propre qui les font tenir debout mais une force venue d’ailleurs, de lui, Jésus, et de son Père : « Je vais vous envoyer sur vous ce que mon Père a promis, avait précisé Jésus à ses amis. Pour vous, demeurez dans la Ville jusqu’à ce que vous soyez, d’en haut, revêtus de puissance » (Lc 24,29). Oui, sans l’Esprit de Pentecôte, l’Eglise ne saurait être la présence de Jésus dans le monde d’aujourd’hui, son Corps ressuscité.

   On parle parfois des juifs, des chrétiens et des musulmans, comme des « hommes du livre », ces trois religions se fondant sur une révélation. Mais les chrétiens ne sont pas des hommes du livre mais de l’Esprit. L’Ecriture – et la tradition juive déjà- est comme une partition sans cesse réinterprétée. Chacun de nous a donc son mot à dire, au nom d’une connivence originelle avec ce Dieu qui se donne.

   Telle est l’œuvre de l’Esprit. C’est bien parce que le St Esprit est présent au cœur de l’homme, de la femme, de l’enfant, que la Parole de Dieu peut trouver en eux une résonnance : ce que nous appelons la « catéchèse », c’est la Parole de Dieu qui trouve ainsi un « écho » dans le cœur de quelqu’un. Parce que c’est le même Esprit de part et d’autre : il inspire la Parole et il habite le cœur de celui qui l’accueille. Et cet Esprit, nous dit Jésus, nous « mènera vers la vérité toute entière » ( Jn 16,13), cette vérité qui est Jésus lui-même, Jésus toujours le même et toujours nouveau au fur et à mesure qu’il prend corps dans le cœur de tout homme, à travers la diversité des siècles et des cultures.

    Ignace d’Antioche, évêque martyr du II° siècle, témoignait : « Il y a en moi une eau vive, le St Esprit, qui murmure : Viens vers le Père. » Cette source est donnée à tous. L’Esprit ne saurait être confisqué par quelques- uns. Si dans l’Eglise tous, en principe, ont la parole, si l’Ecriture est confiée à tous et si tous doivent y avoir accès, c’est parce que nous proclamons ensemble à chaque Eucharistie dominicale : « Je crois au St Esprit dans l’Eglise pour la vie éternelle. » Alors en cette fête de Pentecôte, rêvons un instant à ce que deviendraient nos communautés si chacun de nous, même dans sa fragilité, ses doutes et ses épreuves, se répétait chaque matin : « Je crois au St Esprit qui est en moi ! » Pas tout seul, bien sûr. Mais en Eglise, des hommes et des femmes qui marchent ensemble, qui font ensemble la route de l’Evangile, au rythme du souffle de Dieu,

   C’est bien pourquoi la tradition n’est jamais routine ou simple répétition mais transmission vivante. Dans la foi, comme dans le couple ou la famille, la fidélité nous oblige à bouger. La fidélité consiste à recevoir activement l’héritage, dans une réception non moins active de l’Esprit Saint. La Tradition, dans cette optique, est donc moins le contenu de la Révélation, certes important, que le don de l’Esprit Saint dans le baptême et la confirmation qui rendent capables de « recevoir » au sens fort, la plénitude de la Révélation pour en témoigner à chaque génération.

   Alors la Pentecôte, c’est encore aujourd’hui, chaque fois que nous nous retrouvons, disciples de Jésus, petit groupe méditant l’Ecriture pour préparer une liturgie ou une catéchèse, ou grande assemblée de tout notre diocèse, partout l’Esprit nous est donné pour que nous fassions Eglise ensemble. Non pour rester entre nous mais pour crier à notre monde qui se gèle le feu de l’amour dont il est aimé.

   Aussi, « Viens en nous, Esprit créatif, Eau vivante qui donne toujours soif, saveur de Dieu, désir d’aller vers les autres, amour de Dieu au cœur du monde, amour du monde au cœur de Dieu. Viens Esprit-Saint, viens redonner un nouveau souffle à nos vies, viens redonner du souffle à notre monde essoufflé, à bout de souffle. Viens Esprit de Pentecôte pour nous donner de parler et d’entendre la langue de l’autre afin de proclamer la Parole de vie transmise par les disciples, eux-mêmes saisis par ton souffle saint. Viens Esprit de vérité, pour discerner, pour choisir de manière concrète au quotidien ce qui conduit à la vie. Viens Esprit-Saint, toi le maître intérieur, le don de Dieu, soutiens notre labeur, que sous ta conduite, à l’écoute de ton murmure, dans la rumeur du monde, nous allions toujours de l’avant pour témoigner de ce qui ne vient pas de nous mais d’un Autre, que nous le fassions connaître afin que tous entendent aujourd’hui dans leurs propres langues les merveilles de Dieu » .Amen !


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