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Édito du 20 janvier : Corriger nos fausses lectures de la Bible

Dernière mise à jour : 18 janv.

Dimanche de la Parole de Dieu


La période de Noël nous a remis en contact avec les récits de l’enfance de Jésus, dans les évangiles de Matthieu et Luc. Nous avons pu en lire et en entendre des commentaires. L’un d’eux, que j’ai lu dans Prions en Eglise, écrit cependant par une bibliste compétente, m’a fait sursauter. Le texte commenté était la Présentation de Jésus au Temple, page évangélique du 29 décembre dernier (Luc 2, 22-35). Le commentaire utilisait, à propos de l’homme qui prend l’enfant Jésus dans ses bras et prononce le beau cantique que nous lisons chaque soir à l’office de Complies, l’expression « le Vieillard Syméon ». Où cette bibliste a-t-elle vu que Syméon était un vieillard ? Et Joseph Ratzinger, alias Benoît XVI, qui, dans son livre Jésus de Nazareth (Flammarion 2007), écrivait : « le vieux Syméon » (p. 328) ?

Le texte évangélique ne permet aucunement cela. Il n’empêche que considérer Syméon comme un vieillard est courant. D’où cela vient-il ? Peut-être du fait que, juste après, il est question de la prophétesse Anne, qui a quatre-vingt-quatre ans… Peut-être du fait que, après avoir vu et câliné l’enfant Jésus, il est prêt à mourir… Mais le texte ne dit rien de son âge. Et le fait qu’il est prêt à mourir est encore plus fort s’il s’agit d’un homme jeune, estimant que rien de plus beau ne peut lui arriver que d’avoir vu le Christ, le Messie du Seigneur, un peu comme on dit « voir Venise et mourir ». Merci, Cher Syméon, de ta disponibilité à la volonté divine, quel que soit ton âge.

Et puisque j’en suis à des contresens de lecture, je me permets d’en indiquer un autre. Dans la scène de Marthe et Marie, rapportée par Luc (10, 38-42), on traduit généralement comme suit la phrase que Jésus adresse à Marthe : « Marie a choisi la meilleure part. » Cette traduction est inexacte, et elle conduit à dévaloriser le travail matériel accompli par Marthe, comme si sa part à elle était mauvaise. Jésus dit : « Marie a choisi la bonne part. » Il ne compare pas ; il ne met pas les personnes en concurrence. Certes, Marthe est fort impolie en donnant un ordre à son invité : « Dis-lui donc de m’aider ! » Et elle a tort de critiquer le comportement de sa sœur qui était en train d’écouter Jésus. Mais la part de Marthe n'en devient pas mauvaise, du fait que celle de Marie est bonne. Elle accomplit un travail de qualité au service de son hôte, et elle a raison de le faire.

Il est temps d’abandonner quelques lieux communs, de relire la Bible de plus près, et de corriger des erreurs parfois confirmées par des siècles d’interprétation fautive.

Ce dimanche 22 janvier est le Dimanche de la Parole de Dieu, voulu par le pape François. Je vous souhaite une belle année 2023, éclairée des lectures renouvelées de l’Ecriture Sainte, l’un de nos plus précieux trésors.

Père Michel Quesnel

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