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Éditorial du Dimanche 29 Mars 2026

  • 25 mars
  • 2 min de lecture

Les mémoires d’un âne


Je suis un âne. Mes maîtres habitent Bethphagé, un village proche de Jérusalem. Je ne sais pas exactement mon âge, mais je suis encore jeune. Les humains disent qu’un âne, ce n’est pas intelligent ; ça, ce serait à prouver ; je ne suis pas sûr que les humains qui disent cela soient eux-mêmes très intelligents. Toute mon enfance, j’ai regretté de ne pas être un cheval. Un cheval, c’est plus grand qu’un âne, c’est plus beau, plus élégant, et ça court plus vite. Un cheval, ça porte en général des humains, tandis qu’un âne, ça porte plutôt de lourds bagages.


Mais il m’est arrivé une histoire presque digne d’un cheval. Un lendemain de sabbat, un jour de printemps, on est venu me chercher alors que j’étais attaché, des gens ont posé des manteaux sur mon dos, et un homme est venu s’asseoir dessus. Il avait un beau visage, le regard clair, et les gens avaient l’air de l’admirer.


On m’a alors conduit de Bethphagé jusqu’à une porte de Jérusalem, et je suis entré dans la ville. De nombreux humains nous accompagnaient, ils arrachaient des branches aux arbres, ils les agitaient, et ils criaient : « Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux ! » Il paraît que David, c’est un roi des Juifs qui régna il y a très longtemps. Je n’ai pas très bien compris comment l’homme que je portais pouvait être sont fils, mais ils avaient l’air convaincus. Je n’avais pas de raison de les contredire.


Certains humains demandaient : « Qui est cet homme ? » D’autres leur répondaient : « C’est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée. » Si je ne portais pas un fils du roi David, je portais au moins un prophète venant d’un village lointain et qui était admiré à Jérusalem ; ce n’est déjà pas si mal !


Mais ce jour-là, je pourrais le jurer, j’ai été acclamé comme si je portais un roi sur mon dos. Et j’ai totalement fini de regretter de ne pas être un cheval.


Il paraît que, dans le futur, le roi – ou le prophète – que je portais vivra éternellement. Il paraît aussi que des humains se réuniront en son nom et diront que ce roi, ils pourront toujours le porter en eux. Lors de leurs réunions, ils chanteront, ils mangeront son corps et ils boiront son sang. Pour moi qui suis végétarien, cela paraît bizarre. Mais ceux qui participeront à ce repas disent qu’ils bénéficient d’un grand privilège.


Alors je leur souhaite toute la joie possible. Et j’espère qu’ils manifesteront cette joie de façon visible, pour que d’autres humains, en les regardant prier et en les regardant vivre, puissent crier à leur tour : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux ! »


P. Michel Quesnel


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