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Éditorial du 28 octobre 2022 : "Toussaint : la fête des bons à rien !"

Un grand saint fit un jour cette prière : « Seigneur, montre-moi ma misère. Ne me cache rien. » Il fut aussitôt exaucé. Dieu lui fit voir toutes ses imperfections, ainsi que la portée insoupçonnée de ses péchés. L’expérience fut si cuisante qu’il supplia illico : « Pitié, Seigneur ! Arrête ! » En présence de la grandeur de Dieu, tout saint qu’il fût – et il l’était vraiment-, il eut l’impression de n’être qu’un bon à rien.

Un bon à rien ? Comme ce « serviteur mauvais et paresseux » que la parabole des talents invite froidement à mettre à la porte ? Jésus n’est pas tendre avec lui : « Ce serviteur est bon à rien, jetez-le dans les ténèbres extérieures… » (Mt25,30). Ou comme le sel qui a perdu de sa saveur ? Ce condiment dénaturé, déplore le Seigneur, « il n’est plus bon à rien qu’à être jeté dehors » (Mt 5,13).

Dans les enseignements du Christ, en vérité, il ne fait pas bon être bon à rien. Ecrire un plaidoyer en faveur de la médiocrité, donc, ne serait guère dans le ton de l’Evangile. Et laisser croire que le christianisme est un misérabilisme qui s’autorise indéfiniment de la miséricorde de Dieu ne serait pas honnête non plus. Leur « gloire », les « bons à rien » ne la tirent pas de leur médiocrité. Ils la reçoivent de l’amour inconditionnel dont Dieu les précède et les enveloppe continuellement, quelles que soient les misères qui accablent leur vie. Cet amour est l’appui inépuisable de leur foi, le socle infaillible de leur espérance. Ils y restent collés, comme moules à leur rocher qui résistent aux marées et aux tempêtes les plus violentes.

Les vies des saints nous le montrent : nous aurions beau être des vauriens, Dieu ne cesserait pas de nous aimer et de solliciter notre liberté. Le bandit canonisé par Jésus au Calvaire, connu sous le nom de « bon larron », en est l’icône la plus frappante. Ici-bas, il n’est jamais trop tard pour accueillir l’Amour éternel qui nous a tirés du néant et que Jésus nous invite à appeler « notre Père ». Par nous-mêmes, nous ne vaudrions pas grand-chose, c’est sûr. « Qui donc peut être sauvé ? » demandent les disciples à Jésus, après leur avoir expliqué qu’il « est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume des cieux ». Et le Christ de répondre : « Personne ! », car se hisser soi-même jusqu’à Dieu n’est pas à la portée des hommes – a fortiori des pécheurs. Mais, ajoute immédiatement Jésus, « pour Dieu, tout est possible » (Mt 19,26). Voilà qui devrait suffire à calmer quelques angoisses : même les grippe-sous ont un avenir.

Et si, au lieu de nous épuiser à singer les saints de plâtre perchés sur leur piédestal, nous commencions à accueillir cette humanité fêtée que Dieu a aimée jusqu’à la folie de la croix ? Et si nous commencions par accepter que Dieu ne confie pas sa Parole à des champions, mais à des « sous- doués » ?

Et si nous consentions à être ce que nous sommes, à savoir des terriens, dont la pâte humaine n’est pas autre chose que la glaise pétrie en Adam et transfigurée en Jésus ? Rassurés, nous pourrons alors consentir à prendre notre part à l’aventure des saints. Parmi eux, beaucoup ont prétexté qu’ils n’étaient pas à la hauteur. Mais Dieu les a choisis et confirmés dans leur labeur. Avis aux amateurs !

P.ROLLIN+

Recteur St Bonaventure/chapelle Hôtel-Dieu

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